Il est des chroniques dont on sait par avance que, quoi qu’on puisse déblatérer, vous aurez droit à un panel d’extrémistes enragés qui souhaiteront vous pendre avec votre gros intestin, dans le cas où vous ne respecteriez pas à la lettre leur vérité biblique. Si vous êtes suicidaires, vous pouvez prendre le risque de dézinguer avec violence et vulgarité le petit chouchou de ces êtres sauvages, dont vous souillez l’honneur et l’orgueil avec tant de mauvaise foi.
Et si vous voulez de la bonne polémique bien grasse, du conflit de chronicards violent avec insultes, jets de pierres et destruction de claviers avec les dents, je pourrai vous dire que Death magnetic est la pire daube faisandée qu’on n’ait jamais osé vendre à ces connards de fans. Et... je suis bien déçu de ne pouvoir offrir mon petit corps malingre à vos supplices pervers pour cette fois. Rangez vos cailloux et remettez votre protège-dents. Metallica, après tant d’années fort décevantes est presque parvenu à retrouver le niveau qui était le sien il y a de cela... dix-huit ans, les Die Hard Fans diront plutôt vingt ans. Car Metallica a trompé son peuple une première fois avec Fade to black, un groupe de thrash qui fait de la power ballade, faut oser, y a pas intérêt à ce qu’ils virent tapette les Four Horsemen ! Ensuite, vint le Black Album, sacrilège, c’est du heavy-metal, avec des morceaux tout mous et gentillets, c’est même pas rapide, à mort les Met’s ! Lars, t’es un vendu !
Et puis ils font des clips, alors que les clips c’est que pour les esclaves du capitalisme commercial, jusqu’ou iront-ils dans la compromission ? Plus loin encore avec la paire de galettes de pseudo rock métal Load/Reload, c’est plus de la trahison, c’est de l’hérésie, pire encore, ils se sont coupés les tifs, rhaaa ! Et voila qu’ils font du symphonique maintenant, le doute n’est plus permis, Metallica a viré sa cutie, Metallica est perdu ! Partout sur la planète se dressent alors de gigantesques bûchers à l’attention des ces faux prophètes, alimentés par les preuves discographiques de la trahison.
Cherchant je ne sais quelle rédemption, St Anger revint à du matos plus brut, mais trop brut, et pas de jolis soli de guitare de Kirk, et c’est long, très long, c’est lourd sur l’estomac. Au grand dam de la communauté du métal flamboyant, on décida par un vote à bibine levée d’enterrer au plus profond d’une mine du Nord Pas de Calais ce qui fut l’idole de tout un peuple. On les a enterrés.
Mais du fond du trou, les Met’s nous ont fait un gros doigt d’honneur en cette année 2008, du cercueil émanent de nouveaux des ondes, ça vit là-dedans bon sang ! Non, on n’est pas morts, et d’ailleurs pour vous le prouver, on va vous mettre un uppercut dans les gencives, on le nomme That was just your life ! Ces battements de coeur en préambule, ces guitares angoissantes, puis Lars qui, martial, ouvre le bal, l’inquiétude nous quitte, ce titre est un massacre ! Bordel de foutrederche...
James a retrouvé sa voix de cowboy bien burné, Lars cogne, Metallica nous refait du Metallica, et c’est bon, oh que c’est bon, passé la surprise, on verse une larme d’émotion (oui un métalleux a aussi un cœur, voire une âme !). Kirk se fait plaisir, bridé qu’il était sur St. Anger, il nous offre ici le meilleur solo de l’album, j’y reviendrai plus tard.
The end of the line, Broken, beat & scarred, les pépères se sont visiblement bien réécoutés leur triplette à succès des années 80, mais on décèle aussi quelques touches de leur discographie plus controversée, les "expériences" Load/Reload et St. Anger, à quelques moments de l’album, on en sent la présence, discrète, mais évidente. La production de Rick Rubin me semble aussi parfaitement convenir, j’ai lu que certains la trouvaient insupportable, notamment durant une écoute au casque. ça me rappelle le (grand) débat à la sortie de ...And justice for all. Pas mon impression, au casque ou non, ça passe très bien.
De St. Anger, on sent surtout l’influence au niveau de... la longueur, les Met’s n’ont visiblement pas compris qu’un bon titre ne nécessite pas dix fois les mêmes plans de guitares sur huit minutes pour exprimer toute son essence. Si vous êtes du genre peu patient, ça va vite vous gonfler. Si vous êtes masochiste, vous direz que plus c’est long, plus c’est bon. je me sens parfois un peu masochiste. Arrive le single The day that never comes, sorte de pot-pourri de tout ce qu’a fait Metallica dans les vingt dernières années. Décevant à la première écoute, il devient bien sympathique dans le contexte de l’album, calmant un peu le jeu après trois bourre-pifs. Dans ce titre, on peut retrouver du Fade to black, du Unforgiven II, du Garage Inc., du And Justice for all, un chouïa de Master of Puppets et peut-être même un soupçon de Kill 'em all.
Passée la minute nostalgie, retour à de la grosse cavalcade avec All nightmare long, un des meilleurs morceaux avec That was just your life. Le plus convaincant de nos quadras reste James Hetfield, qui, tout au long de ce Death magnetic est impressionnant de justesse, c’est pas encore Rob Halford, mais il donne une réelle profondeur aux morceaux, et les textes sont très bons. Lars a semble t’il retrouvé lui aussi une certaine pêche, même si les vieux diront que c’est plus comme avant et que tout fout le camp. Robert Trujillo, lui il... il est où au fait Bob ? Depuis que Cliff Burton est sorti d’un bus par la fenêtre fermée, Metallica a toujours mis en sourdine ses bassistes, Death magnetic ne déroge pas à la règle. Trujillo est à peine audible la majeure partie de l’album. Là ou l’on sent que Bob a mis sa grosse patte, c’est dans un certain groove, groove que l’on retrouvait dans Suicidal Tendencies, dont il était l’un des membres et compositeurs.
Sur ce point, on peut affirmer que la venue de Trujillo n’est pas seulement décorative. Je reviens alors sur Kirk, le petit Kirk qui, vexé de ne pouvoir démontrer tout son talent sur St. Anger, s’est proprement déchainé sur ce nouveau disque. Le gros point noir, c’est que ça vire parfois (souvent ?) au grand n’importe quoi, le solo de Broken, beat & scarred en est un des pires exemples, une avalanche de notes brouillonnes, qui colle aussi d’une certaine manière au côté plus old-School que Metallica voulait donner à son dernier-né. Ca n’en reste pas moins très inférieur à ce que l’on attend de Hammet qui n’offre pas une prestation des plus poussées.
Dans les morceaux qui ont la patate mais pas géniaux, il y a Cyanide, trop bourrin par endroits et surtout trop long, mais on entend Trujillo pour une fois, au moins dans l’intro... The Judas kiss est un peu trop alambiqué et complexe pour être honnête, même si c’est rempli de bonnes idées. Et The Unforgiven III alors ? Déjà, quelle idée d’appeler ce titre de la sorte... Metallica tend la batte pour se faire démolir, mais vous aurez certainement noté que Lars et sa bande n’en ont rien à foutre de votre avis et font ce qu’ils veulent. Ce troisième acte est certainement meilleur que le II et moins bon que le I, le démarrage au piano est original, le final et James qui se met à hurler "forgive meeee !!!" produit son petit effet, ça fonctionne bien, j’adhère mais j’adore pas. On notera l’instrumental Suicide & redemption, long et complexe comme il se doit.
Il faudrait que je me réécoute Orion ou The call of Ktulu pour évaluer si c’est de la même trempe, mais sans vouloir à tout prix chercher la petite bête, ça passe bien. Trois parties, la première tout en gros riffs pesants, survient le break très mélodique central fort réussi, qui sert de préambule au troisième acte, nettement plus rapide qui aurait toute sa place sur un Ride the lightning.
My apocalypse a la lourde tâche de clotûrer l’album, dommage que ce soit assez moyen niveau chant, avec un peu de Kill’em all croisé avec du St. Anger pas très convaincant. Mais on ne pourra pas en tout cas dire que c’est mou du genou, ça arrache la moquette, mais pas en finesse. Lars Ulrich disait que, sans les conflits internes durant la préparation de St. Anger, on aurait eu droit à un Death magnetic à la place du concert de casserolles éprouvant de 2003. Même si on n’est pas au niveau de Master Of puppets, faut pas rêver, Metallica a démontré qu’il avait encore de bonnes claques à nous servir. On attend le prochain pain dans la tronche avec impatience. Les Four Horsemen nous refont plaisir, c’est toujours ça de pris.