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28 décembre 2008

Jelonek, Jelonek, 2007.

J’ai adoré Apocalyptica, jusqu’à Cult, qui voyait les fins finnois proposer un album avec une majorité de compos personnelles bien troussées. Après, ça s’est gâté, ils ont découverts la batterie, puis les chanteurs, puis les guests, et ont enfin carrément oublié de sortir quoi que ce soit du niveau de Cult voire à la hauteur de Reflections, qui sentait déjà un peu le sapin...

Le plaisant de la chose était ce mariage surprenant entre ces violoncelles qui faisaient quasiment tous les instruments, et des thématiques métalliques. Un mariage improbable qui m’avait séduit au plus haut point. Je cherchais depuis quelque chose de similaire mais ayant conservé la fraîcheur qui me bottait dans les premiers opus des violoncellistes du grand froid. C’est alors que je suis tombé sur Jelonek, projet solo de Michal Jelonek, violoniste et membre du groupe de heavy/thrash polonais Hunter.

Donc, ici, pas de violoncelles, mais un violon. La grosse nuance avec Apocalyptica, pas de distorsion du son de l’instrument, il est intégré tel quel au groupe composé classiquement d’une batterie et d’un duo basse/guitare. Dès l’entrée en matière du bien-nommé BaRock, amorcé par un solo de violon rejoint peu après par la batterie puis toute la clique, on est dans le bain. C’est bien de métal symphonique qu’il s’agit, pas de chanteur, pas de guest, et ça ne fait aucunement défaut. Les racines classiques sont plus que présentes, on a parfois l’impression d’écouter du Mozart qui aurait boosté son orchestre de chambre aux amphétamines. Les titres dépassent rarement les quatre minutes, mais avec les ingrédients mis à sa disposition, Jelonek nous offre de très bonnes compositions, perfectibles par endroits ce qui les rends curieusement encore plus attachantes.

L’alchimie est parfaite entre les cordes classiques et métalliques, Vendome 1212 est une petite perle au rythme entraînant, refrain superbe, Michal ne se moque pas de sa clientèle. Les fréquents changements de rythme laissent entendre que les compères ne sont pas des manchots, on navigue entre le progressif, le métal et le symphonique, voire la pop ! Certaines tonalités sont presque dansantes, Mosquito flight est un tango furieux virant quasiment au métal indus puis revenant au classique, le tout dans le même titre, surprenant, mais bien ficelé.

Oui, il y a du déchet, Akka, est une mauvaise B.O. de film à grand spectacle largement dispensable et MachineHat est gonflant sur la durée, trop alambiqué. Cela reste néanmoins un bon petit disque, original, qui ne passera peut-être pas l’année, mais qui au moins ne souffre pas des mêmes boursouflures que les dernières galettes de leurs collègues d’Apocalyptica, toujours bon à prendre ma foi.



25 décembre 2008

Motörhead, Motörizer, 2008.

Mais tu vas claquer, bordel ! On t’a privé de coke, on t’a mis à la diète, on a foutu en tôle tes vieilles groupies ménopausées, on t’a interdit de Viagra et de whiskey, et tu récidives, vieille carne ! T’en as pas marre de vomir un disque par an, de gratter ta basse comme un furieux depuis quarante piges, prends ta retraite merde, faut savoir laisser la place aux jeunes !

Hein ? T’as pas de concurrence et encore moins de successeurs assez couillus pour t’arriver à hauteur de la santiag, ouais, c’est bien possible, mon gars, et... Quoi ton dernier album est une tuerie ? Putain, ouais, ton Motörizer, Lemmy, c’est un caleçon moletonné avec des clous, à l’écouter, ça démange sévère de tortiller du fion.

Ce mec est immortel, c’est dit. J’avais eu quelques frayeurs durant la tournée Inferno, papy avait eu du mal avec la chaleur mais après un Kiss of death monstrueux, ce Motörizer confirme, Lemmy est increvable, Lemmy a la patate, et il vous fait un gros doigt Lemmy. On atteint les bornes des possibilités humaines avec ce mec, pas croyable d’avoir conservé une telle attitude, une telle candeur après tant d’années, ça force le respect. On peut être totalement hermétique au style Motörhead, mais difficile de ne pas se taper le derrière par terre devant l’insubmersibilité du Kilmister commun.

Faut-il vraiment expliquer de manière linéaire ce qu’il y a dans ce Motörizer ? Vous avez entendu du Motörhead, vous savez que ça sent la sueur, que ça vrille les tympans, que ça arrache le parquet, que ça vous fout un coup de trique sur le derche si efficace que vous allez en redemander chaque année à Noël. Vous savez d’avance que ça parlera de prostiputes, de filles faciles, de cul, de beuveries, de tout et rien, on s’en fout de quoi ça parle, c’est pas le but, on veut du Motörhead, que du Motörhead.

Ces trois gugusses, le moche à la verrue, et les deux clébards à l’air tristes se foutent des modes, se foutent de faire dans le progressif navrant. Ils font du Rock, sont le Rock, n’aiment que ça et vous le font comprendre à grands coups de titres percute-tympans imparables. Les deux fidèles compères assurent comme des bêtes leurs partitions, c’est pas groovy, c’est du hard, baby, et bien hard qui plus est, de quoi te faire perdre ta graisse prise au McDo le temps d’écouter un Teach you have to sing the blues. C’est rapide, c’est bruyant, ça vous sort la tête du troufion le matin, ça vous aide à tenir après votre second pack de binouses de la soirée, ça vous coupe un moment de vos cons de potes qui ne jurent que par les Strokes et autres groupes de gratouille-guitares chiants.

Si vous n’en pouvez plus de vos parents, de votre chef qui est un connard fini, du clebs qui souille votre paillasson dédicacé "Carla Bruni, burn in hell !" chaque matin, alors sortez à poil dans votre jardinet, courez aller violer quelques nains de jardin, tabassez cet enfoiré de facteur qui n’a pas votre numéro de Pif Gadget dans sa besace, parcourez toute la ruelle en shootant dans les poubelles dégueulasses de vos bâtards de voisins, oubliez tout ce qui fait que vous êtes un petit cadre coincé dans votre Mini Cooper qui rouille des quatre roues, lâchez-vous bien comme il faut sur la première cabine téléphonique qui passe.

Mettez-vous à sniffer votre sucre en poudre avec une paille, roulez-vous un pétard gonflé à la verveine, lacérez vos costards avec les dents, vous n’êtes plus humain, vous vous êtes fait botter le cul par Motörhead, et vous allez en redemander, encore et encore !


22 décembre 2008

Gojira, The Way Of All Flesh, 2008

Du death-metal "made in France" ? J’en vois qui ricanent au fond de la salle, petits salopiauds... Et je ne leur donne pas tort. La France n’a jamais été une terre très propice à l’éclosion de groupes de rock, de hard-rock et encore moins de métal. Le peu de groupes que les maisons de disques ont sorti du trou ou ont créés de toutes pièces sont soit nuls, soit ridicules, et ne ciblent de toute manière que l’ado pseudo rebelle qui croit que Aqme est le comble de la violence après être allé voir du côté de Kyo...

Pourtant, dans un petit village des Landes résiste encore et toujours une poignée d’irréductibles qui n’en ont rien à carrer (pour le moment en tout cas) de passer chez Drucker et de faire la bise à la présentatrice de la télé. Et, chose encore plus incroyable, ces anges noirs et bruyants ont du succès, sont même reconnus à un niveau international (ouais ouais, comme Daft Punk), mais à l’échelle du death-metal cependant. M’enfin c’est déjà pas mal. Les Gojira, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, ont en effet obtenu à force de bons disques et de prestations scéniques de haut vol le respect de leurs pairs et un certain succès public, peut-être encore plus visible à l’étranger qu’en France.

Il est ainsi facile de trouver des commentaires et news sur le groupe sur des blogs chiliens, argentins ou nord-américains. Aux prémices de Gojira, il y a Godzilla, le nom originel du combo, mais pour de logiques problèmes de droits d’auteur, nos fans de lézards en plastique ont choisi de prendre la traduction littérale japonaise.

Depuis 1996, année de fondation du groupe et de sorties des premières démos, les frères Joe et Mario Duplantier, Christian Andreu et Jean-Michel Labadie ont peu à peu peaufiné leur univers et leur démarche. Ou caser Gojira ? On y retrouve du Tool, du Behemoth, un gros soupçon de Morbid Angel, mais le tout à leur propre sauce. Gojira peut se vanter d’avoir pour le moment une discographie sans fausses notes, un trio d’albums studio très réussis, Terra incognita en 2001, The link en 2003 et From Mars to Sirius en 2005. A cela s’ajoute le monstrueux live The link alive de 2004, faisant suite à l’album... The link. Simple et cohérent non ?

Entretemps, Joe Duplantier a participé au projet Cavalera Conspiracy (voir ici) des frangins brésiliens, ainsi qu’au dernier album d’Apocalyptica (Worlds collide), ça le fait pas mal sur un C.V., ce genre de petites escapades... Retrouve-t-on un peu de tout ça sur ce nouvel opus fort attendu par des millions de fans transis ? Non, les irréductibles de Gojira se permettent comme à leur habitude de faire ce qu’ils savent faire de mieux, soit... du Gojira. Batterie tribale et impressionnante de puissance, rythmes hypnotiques et lourds, j’oserai qualifier leur univers de death shamanique, avec Joe qui professe de sa grosse voix dans la langue de Shakespeare, et la technique rythmique si particulière de son frère.

Les thématiques abordées ne sont pas forcément habituelles non plus pour un groupe de death, la vie la mort, ça on connaît... Mais l’engagement sur l’environnement est déjà plus original (notamment sur Toxic garbage island), d’autant que les textes, pour un peu que l’on soit anglophone, vont un peu plus loin que les classiques sacrifices d’écureuils en hommage à Satan au clair de lune sur un parking désert avec des orgies de trolls barbus en fond d’écran. C’est vrai, ça a aussi son charme, mais Gojira n’est pas vraiment dans ce trip-là.

The way of all flesh est un disque qui demande de la patience et une écoute attentive, tantôt brûlant, tantôt glacial, l’on passe à son écoute un moment très étrange, proche de mon trip à l’acide hebdomadaire du samedi soir, partagé entre ces instants de calme relatif et ces moments de folie furieuse qui n’ont rien de grotesque.

Car, sur toute la durée de l’album restent ces éléments fondamentaux caractéristiques de Gojira, la batterie qui se la joue mitrailleuse, puis tribale, puis douce, puis dure, ces lignes de guitare montant crescendo, faisant tomber puis remonter la pression, la voix de Joe, imprécatrice, me faisant parfois penser au Jaz Coleman de Killing Joke ou de Hosannas from the basements of Hell. Ce dernier opus tout frais est une bonne porte d’entrée pour accéder à l’univers de Gojira, pas plus accessible ni supérieur à son prédécesseur, From Mars to Sirius, mais incroyablement maitrisé. Pas étonnant que le chanteur d’In Flames ait un jour reconnu qu’à côté de Gojira, ils passaient pour un pauvre tribute band...


19 décembre 2008

Oasis, Dig Out Your Soul, 2008

A l’attention de nos amis visiteurs qui suivent un peu la vie du site, mon estimé collègue Geoffroy B. avait posté un avis fort sévère (ici) sur ce nouvel album des petits frères morveux grand-britons. Votre serviteur ici présent ayant posé ses valises chez Pop-Rock après parution de cette brève tout à fait respectable, je m’octroie le droit de vous en parler un peu plus longuement. Pour ceux qui s’en battent les roudoudous avec une tapette à mouches de l’œuvre des Gallagher, merci d’arrêter votre lecture à la fin du chapeau de cet article.

Voilà, un au revoir sincère à ceux qui n’ont pu poursuivre au delà de la ligne précédente et bienvenue à ceux qui restent. On va être clair, les grandes gueules des frangins et leurs déclarations débiles, leurs supposés petits problèmes d’ego avec Blur, leur grande guerre contre tout ce qui est moins con qu’eux (ça fait du monde quand même), ça me passe au niveau de la stratosphère. Musicalement, je les ai largués après Standing on the shoulder of giants, je ne me rappelle plus pourquoi exactement, l’effet Oasis s’était estompé. Ça fait même des lustres que je ne me suis pas réécouté les premiers albums, pourtant sacrément bons, mais l’effet de mode s’estompe, les disques de plus en plus navrants,l’attitude à chier pour qu’on leur prête un peu d’attention, on ferme un temps la boutique, tchao Oasis. Depuis, je ne me suis plus rien écouté d’eux ou très rarement, et puis, ça m’a pris comme ça, cette année, je m’y suis remis avec ce Dig out your soul.

Première surprise, je retrouve le “style Oasis”, la voix des frangins, les guitares, la rythmique, aucun doute ça vient bien de chez eux. Et, voilà qui est drôle, ça me fait bien plaisir de retrouver tout ce petit univers, je reviens à mes années collège, les premiers émois amoureux, les boutons sur la tronche, les cours de latin chiants, les premières cuites au Get27, ah non zut ma maman lit les chroniques de son fiston, nostalgie...

Bag it up amorce le bousin, le son est bien cradouille, la batterie au pas, un riff basique, c’est pas mal du tout ça, ça confirme aussi une chose, Liam et son frérot écoutent toujours autant les Beatles... On aimerait bien qu’un jour, ils se décident à cramer leur best of des Fab Four et mettent autre chose dans leur iPod, autant d’idolâtrie, ça commence à devenir suspect. Le plus flagrant de cet hommage incessant, les cithares indiennes de To be Where There’s Life, ça vous a un gros air de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band de vous savez qui, cependant, c’est un excellent titre, bien psyché aux entournures, ça bouge bien, on retrouve même un peu de The Music, ce petit groupe en The, mais plus doué que la moyenne des groupes en The.

Le côté psyché est d’ailleurs là tout au long du disque, Oasis est allé encore plus loin si c’était possible dans sa vénération maladive aux années 60 et 70. La pochette du graphiste branchouille Julian House est d’ailleurs totalement dans cet esprit. De par la production très garage, on parvient à des touches parfois presques punks, très apparentes sur Ain’t got nothing ou encore I believe in all, bien remuant. Pour se la jouer honnête et encore plus subjectif, j’ai réécouté pour me les remettre à l’oreille les premiers albums ultra-vénérés à juste titre. Ce qui est flagrant, c’est le son, de très propre sur Definitely maybe ou (What’s the story) Morning glory ?, on arriva à une prod plus roots et étouffée sur le très moyen Standing on the shoulder of giants, après, je n’en sais rien, comme je vous le disais, j’ai abandonné les frangins dans une poubelle de Manchester à cette époque.
Dig Out Your Soul
reprend peu ou prou ce même son sale que le disque de 2000, mais nettement moins sous-mixé ; ça peut faire fuir les mélomanes pointilleux, les hippies la fumette au coin de la bouche se rappelleront leurs jeunes années avec nostalgie.

La voix de Liam, qui partage de plus en plus le chant avec Noel, est moins mise en avant, c’est la guitare qui monte sur le trône, Noel se fait plaisir et nous assène de jolis petits riffs, des compos bien rock’n’roll à l’ancienne. The nature of reality est dans cet esprit, mais on me fait signe en régie que ce n’est pas une compo des frangins mais de leur adjoint de luxe, l’ex-Ride Andy Bell. Whaaa, Oasis qui daigne laisser des miettes à ses sous-fifres, ils mûrissent ! I’m outta time, avec ces lalala pleurnichards en préambule me foutait la trouille, mais c’est au final une belle ballade, plutôt poignante, on dirait du Beatles ? Oui, qui d’autre...

Bien qu’un peu longuet, cet album est des plus sympathiques. Si on fait abstraction de leurs caractères pourris et leurs poses de vieux sales gosses, Les Gallagher nous offrent un bon album, très loin des inaccessibles machines à tubes des débuts, mais honnêtement correct, voire bon. Moi qui les avait lâchés, je ne suis pas déçu de m’en être remis une petite couche dans les portugaises.

Tiens, au fait...il est pas mal ce disque. ;)



16 décembre 2008

Metallica, Death Magnetic, 2008.

Il est des chroniques dont on sait par avance que, quoi qu’on puisse déblatérer, vous aurez droit à un panel d’extrémistes enragés qui souhaiteront vous pendre avec votre gros intestin, dans le cas où vous ne respecteriez pas à la lettre leur vérité biblique. Si vous êtes suicidaires, vous pouvez prendre le risque de dézinguer avec violence et vulgarité le petit chouchou de ces êtres sauvages, dont vous souillez l’honneur et l’orgueil avec tant de mauvaise foi.
Et si vous voulez de la bonne polémique bien grasse, du conflit de chronicards violent avec insultes, jets de pierres et destruction de claviers avec les dents, je pourrai vous dire que Death magnetic est la pire daube faisandée qu’on n’ait jamais osé vendre à ces connards de fans.

Et... je suis bien déçu de ne pouvoir offrir mon petit corps malingre à vos supplices pervers pour cette fois. Rangez vos cailloux et remettez votre protège-dents. Metallica, après tant d’années fort décevantes est presque parvenu à retrouver le niveau qui était le sien il y a de cela... dix-huit ans, les Die Hard Fans diront plutôt vingt ans. Car Metallica a trompé son peuple une première fois avec Fade to black, un groupe de thrash qui fait de la power ballade, faut oser, y a pas intérêt à ce qu’ils virent tapette les Four Horsemen ! Ensuite, vint le Black Album, sacrilège, c’est du heavy-metal, avec des morceaux tout mous et gentillets, c’est même pas rapide, à mort les Met’s ! Lars, t’es un vendu !

Et puis ils font des clips, alors que les clips c’est que pour les esclaves du capitalisme commercial, jusqu’ou iront-ils dans la compromission ? Plus loin encore avec la paire de galettes de pseudo rock métal Load/Reload
, c’est plus de la trahison, c’est de l’hérésie, pire encore, ils se sont coupés les tifs, rhaaa ! Et voila qu’ils font du symphonique maintenant, le doute n’est plus permis, Metallica a viré sa cutie, Metallica est perdu ! Partout sur la planète se dressent alors de gigantesques bûchers à l’attention des ces faux prophètes, alimentés par les preuves discographiques de la trahison.

Cherchant je ne sais quelle rédemption, St Anger revint à du matos plus brut, mais trop brut, et pas de jolis soli de guitare de Kirk, et c’est long, très long, c’est lourd sur l’estomac. Au grand dam de la communauté du métal flamboyant, on décida par un vote à bibine levée d’enterrer au plus profond d’une mine du Nord Pas de Calais ce qui fut l’idole de tout un peuple. On les a enterrés.

Mais du fond du trou, les Met’s nous ont fait un gros doigt d’honneur en cette année 2008, du cercueil émanent de nouveaux des ondes, ça vit là-dedans bon sang ! Non, on n’est pas morts, et d’ailleurs pour vous le prouver, on va vous mettre un uppercut dans les gencives, on le nomme
That was just your life ! Ces battements de coeur en préambule, ces guitares angoissantes, puis Lars qui, martial, ouvre le bal, l’inquiétude nous quitte, ce titre est un massacre ! Bordel de foutrederche...

James a retrouvé sa voix de cowboy bien burné, Lars cogne, Metallica nous refait du Metallica, et c’est bon, oh que c’est bon, passé la surprise, on verse une larme d’émotion (oui un métalleux a aussi un cœur, voire une âme !). Kirk se fait plaisir, bridé qu’il était sur St. Anger, il nous offre ici le meilleur solo de l’album, j’y reviendrai plus tard.

The end of the line, Broken, beat & scarred, les pépères se sont visiblement bien réécoutés leur triplette à succès des années 80, mais on décèle aussi quelques touches de leur discographie plus controversée, les "expériences" Load/Reload et St. Anger, à quelques moments de l’album, on en sent la présence, discrète, mais évidente. La production de Rick Rubin me semble aussi parfaitement convenir, j’ai lu que certains la trouvaient insupportable, notamment durant une écoute au casque. ça me rappelle le (grand) débat à la sortie de ...And justice for all. Pas mon impression, au casque ou non, ça passe très bien.

De St. Anger, on sent surtout l’influence au niveau de... la longueur, les Met’s n’ont visiblement pas compris qu’un bon titre ne nécessite pas dix fois les mêmes plans de guitares sur huit minutes pour exprimer toute son essence. Si vous êtes du genre peu patient, ça va vite vous gonfler. Si vous êtes masochiste, vous direz que plus c’est long, plus c’est bon. je me sens parfois un peu masochiste. Arrive le single The day that never comes, sorte de pot-pourri de tout ce qu’a fait Metallica dans les vingt dernières années. Décevant à la première écoute, il devient bien sympathique dans le contexte de l’album, calmant un peu le jeu après trois bourre-pifs. Dans ce titre, on peut retrouver du Fade to black, du Unforgiven II, du Garage Inc., du And Justice for all, un chouïa de Master of Puppets et peut-être même un soupçon de Kill 'em all.

Passée la minute nostalgie, retour à de la grosse cavalcade avec All nightmare long, un des meilleurs morceaux avec That was just your life. Le plus convaincant de nos quadras reste James Hetfield, qui, tout au long de ce Death magnetic est impressionnant de justesse, c’est pas encore Rob Halford, mais il donne une réelle profondeur aux morceaux, et les textes sont très bons. Lars a semble t’il retrouvé lui aussi une certaine pêche, même si les vieux diront que c’est plus comme avant et que tout fout le camp. Robert Trujillo, lui il... il est où au fait Bob ? Depuis que Cliff Burton est sorti d’un bus par la fenêtre fermée, Metallica a toujours mis en sourdine ses bassistes, Death magnetic ne déroge pas à la règle. Trujillo est à peine audible la majeure partie de l’album. Là ou l’on sent que Bob a mis sa grosse patte, c’est dans un certain groove, groove que l’on retrouvait dans Suicidal Tendencies, dont il était l’un des membres et compositeurs.

Sur ce point, on peut affirmer que la venue de Trujillo n’est pas seulement décorative. Je reviens alors sur Kirk, le petit Kirk qui, vexé de ne pouvoir démontrer tout son talent sur St. Anger, s’est proprement déchainé sur ce nouveau disque. Le gros point noir, c’est que ça vire parfois (souvent ?) au grand n’importe quoi, le solo de Broken, beat & scarred en est un des pires exemples, une avalanche de notes brouillonnes, qui colle aussi d’une certaine manière au côté plus old-School que Metallica voulait donner à son dernier-né. Ca n’en reste pas moins très inférieur à ce que l’on attend de Hammet qui n’offre pas une prestation des plus poussées.

Dans les morceaux qui ont la patate mais pas géniaux, il y a Cyanide, trop bourrin par endroits et surtout trop long, mais on entend Trujillo pour une fois, au moins dans l’intro... The Judas kiss est un peu trop alambiqué et complexe pour être honnête, même si c’est rempli de bonnes idées. Et The Unforgiven III alors ? Déjà, quelle idée d’appeler ce titre de la sorte... Metallica tend la batte pour se faire démolir, mais vous aurez certainement noté que Lars et sa bande n’en ont rien à foutre de votre avis et font ce qu’ils veulent. Ce troisième acte est certainement meilleur que le II et moins bon que le I, le démarrage au piano est original, le final et James qui se met à hurler "forgive meeee !!!" produit son petit effet, ça fonctionne bien, j’adhère mais j’adore pas. On notera l’instrumental Suicide & redemption, long et complexe comme il se doit.

Il faudrait que je me réécoute Orion ou The call of Ktulu pour évaluer si c’est de la même trempe, mais sans vouloir à tout prix chercher la petite bête, ça passe bien. Trois parties, la première tout en gros riffs pesants, survient le break très mélodique central fort réussi, qui sert de préambule au troisième acte, nettement plus rapide qui aurait toute sa place sur un Ride the lightning.

My apocalypse a la lourde tâche de clotûrer l’album, dommage que ce soit assez moyen niveau chant, avec un peu de Kill’em all croisé avec du St. Anger pas très convaincant. Mais on ne pourra pas en tout cas dire que c’est mou du genou, ça arrache la moquette, mais pas en finesse. Lars Ulrich disait que, sans les conflits internes durant la préparation de St. Anger, on aurait eu droit à un Death magnetic à la place du concert de casserolles éprouvant de 2003. Même si on n’est pas au niveau de Master Of puppets, faut pas rêver, Metallica a démontré qu’il avait encore de bonnes claques à nous servir. On attend le prochain pain dans la tronche avec impatience. Les Four Horsemen nous refont plaisir, c’est toujours ça de pris.



13 décembre 2008

Ac/Dc, Black Ice, 2008

Cette année, personnellement, j’attendais surtout le nouveau Metallica... Lorsque j’appris qu’AC/DC était non seulement encore vivant mais qu’en plus une nouvelle galette appelée Black ice allait poindre le bout de sa casquette, ce fut une sacrée surprise, Stiff upper lip date tout de même de l’an 2000, huit ans c’est long, surtout pour des types qui dépassent allègrement le demi-siècle de vie sur Terre.

AC/DC a toujours été assez facile à suivre niveau qualité, une bonne décennie, une excellente, une pourrie, une banale. Stiff upper lip était pourtant à classer dans la catégorie des bons albums, dynamique, pêchu, qui vous collait la banane sur la tronche et vous faisait pogotter sur votre matelas au grand dam de vos voisins grabataires de l’étage inférieur. Un album dans la veine énergique des Highway to hell et Back in black en somme, rien de moins, une belle cuvée.

Black ice alors. Premier point, le titre, ça sentirait pas la référence à un certain monument de 1980 tout ça ? Mais il faut l’assumer une telle référence, il faut être à la hauteur, et malheureusement c’est un peu foiré... Déjà quinze titres, pour un groupe lambda, c’est beaucoup, mais pour AC/DC, c’est beaucoup trop. Angus & Co ne font pas du prog et n’ont jamais eu la volonté de faire dans l’innovation, on sent de prime abord qu’il va y avoir du remplissage, donc des titres pas foncièrement mauvais mais qui vont faire doublons. Brian Johnson a toujours cette voix de docker croisé avec un canard qui m’a personnellement toujours plu, je ne comprends pas que d’aucuns en soient encore à vilipender le Gallois,. « Johnson, c’est pas comme Bon Scott d’abord », certes, merci pour l’info, mais c’était lui ou plus de AC/DC après 1980, faudrait savoir ce que vous voulez. Pour ma part, Brian se démerde encore bien, sa voix n’a pas bougé d’un iota, et lui au moins, il est vivant.

Traditionnellement, AC/DC a toujours le bon goût de mettre un vrai missile en premier titre, ici, on est plutôt au niveau du pétard mouillé, Rock n’roll train est... mou, avec ses chœurs masculins assez moyens et sa batterie monorythmique. On attend que ça finisse avec impatience et passer à la suite, je commence à étreindre nerveusement ma chaise, ça démarre mal, un album des kangourous qui démarre mal !

Bien entendu, on ne cherche pas ici de la nouveauté, du neuf, c’est AC/DC quand même. On cherche du groove, du son qui vous fait vous déboîter le bassin, qui vous fait hurler dans votre douche, empoignant vigoureusement la pomme de douche et hurlant à pleins poumons des hymnes idiots mais hard-rock en diable, on cherche du riff simple et efficace, bref on cherche AC/DC et tout ce qu’ils incarnent. L’ennui, c’est qu’on a surtout un peu la même chanson à chaque fois, Skies on fire nous refait le coup des chœurs, ça sentait le remplissage, je le confirme.

On se réveille doucement à partir de War machine, soit la cinquième piste, enfin un riff mémorisable, intro rappelant de bien belles heures des eighties, là oui, on a du AC/DC, mais pourquoi devoir subir quatre titres bien gonflants avant cette machine de guerre si efficace ? Les choses s’arrangent ensuite sans pour autant provoquer la jubilation attendue, retour du blues, d’un hard des plus classiques, Decibel par exemple se laisse écouter de par sa ligne de guitare très bluesy.

On croirait entendre parfois le Led Zeppelin de la belle époque, notamment sur Stormy may day, dont les parties de guitare rappellent bizarrement In my time of dying de Physical Graffiti. L’original est nettement mieux, pas besoin de faire durer le suspense. Le très rock’n roll She likes rock’n roll (notez les titres toujours aussi inventifs) est sympa sans plus, Angus sait toujours jouer de la guitare, ça, pas de doute, mais il n’y a décidément rien qui décolle tout à fait.

Enfin, le dernier titre, Black ice, pour ceux qui n’ont pas encore abandonné à la quatrième ou dixième piste, c’est une excellente putain de chanson, Angus y est génial, ça groove bien, c’est entraînant comme tout bon AC/DC se devrait de l’être, avec encore une très forte influence zeppelinienne, on revient aux sources quoi... Mais nous arrivons à la fin de la galette. Avec la sale impression qu’AC/DC n’a plus grand-chose à nous raconter, cet album sent le poisson pâné décongelé qu’on aurait collé au micro-ondes en espérant que ça passe pour de la truite fraîche.

Restez-en à Stiff upper lip, Black ice a malheureusement dépassé, avant même sa sortie, la date de péremption.



10 décembre 2008

Yngwie J. Malmsteen, Perpetual Flame, 2008.

En l’an de grâce 2008, le dieu du riff supersonique daigne de nouveau communiquer avec le peuple d’en bas aux petites chevilles, Yngwie « Je-suis-génial-et-pas-vous » Malmsteen, le pape de la gratte suédois descend de son Olympe pour nous remettre une couche de métal néoclassique dans les esgourdes.

Malmsteen me fascine à plus d’un titre, mais moins par ses talents de guitariste évidents que par sa prétention sans bornes, cet égo surdimensionné inhérent aux génies. Mais avant tout, je ne peux m’empêcher de dire un mot sur l’artwork qui ne décevra pas les habitués du genre. Jamais Malmsteen n’a réussi à sortir un disque avec une pochette un tant soit peu potable. Vous me direz que la finesse dans le métal, ça ne fait pas vraiment partie des meubles, certes...

Mais cette fois-ci, il a fait fort, notre petit Krisprolls chevelu. Parce que Yngwie Malmsteen’s Rising Force, c’est avant tout Yngwie, alors on fait une belle photo de Dieu, le poitrail velu mais pas trop que laisse entrevoir la chemise déboutonnée, le regard de prédateur (euh...), la moue malmsteenienne ridicule de rigueur et, comme de bien entendu, la guitare en flammes parce que Yngwie, bah il fait des flammes avec sa guitare, c’est pas possible dites-vous, hérétiques que vous êtes ! On notera aussi que Dieu a subi un sacré coup de Photoshop pour conserver son éternelle jeunesse et sa beauté virginale.

Cette fois-ci, on trouve aux côtés de sa Majesté, Tim Ripper Owens en guise de chanteur de louanges. Tim Owens, ex-Judas Priest, ex-Iced Earth, ex-Beyond Fear (son propre groupe, qui, après un seul album vivote bon gré mal gré). Ledit Ripper, je l’apprécie bien, voix Halfordienne incroyable de mimétisme parfois, plus puissante, mais un poil moins nuancée. Il a toujours eu la mauvaise habitude de tomber dans des groupes qui le viraient au bout de deux albums. La maison de disques finissant par rappeler à grands renforts de biftons le chanteur originel de la bande, plus bankable que le discret petit Timmy... On ne donne pas cher de la peau du Ripper chez Yngwie, vu que le Sieur vous évacue aisément tout son line-up au gré de son humeur changeante.

Pour cette nouvelle offrande divine, j’aurai bien du mal à parler d’originalité, Yngwie poursuit sur la voie qu’il a lui-même creusé à grands renforts de lignes de grattes hyper rapides, de claviers néoclassiques frôlant le cucul jusqu’à parfois carrément tomber dans la guimauve, et bien sur, d’instrumentaux bien pesants. Perpetual flame démarre pourtant de façon bien efficace avec Death dealer, un Ripper qui nous offre quelques cris à la Halford, d’où l’étrange impression d’entendre parfois Judas Priest avec Malmsteen à la place de la paire de gratteux Downing/Tipton.
Mais on s’ennuie vite, cherchant à différencier chaque titre du précédent. Le plus rageant est la production, plutôt minable, qui ne fait pas honneur à Notre Créateur. C’est un peu brouillon, ça manque de pêche, et la guitare a bien entendu été mise plus en avant que la voix de Owens, ce qui est assez pénible par moments.

On a droit durant les douze titres de ce Perpetual flame à un heavy-speed pompeux, à l’image de son géniteur. J’ai bien du mal à supporter tout ce gloubiboulga néoclassique d’une traite, pour tout dire, on ne retient rien, Malmsteen a mis depuis longtemps sa guitare en boîte automatique et les changements de line-up n’y changent pas grand-chose. Il y a tout de même quelques petites choses plutôt agréables. Four horsemen (Of the apocalypse) a un riff bien sympathique.

L’intro au clavier de Priest of the unholy, aussi facile soit-elle n’est pas mal torchée. De même, l’instrumental Caprici Di Diablo avec une guitare encore une fois épatante de virtuosité se laisse écouter dans sa majeure partie sans bailler. Et allez, je suis dans un bon jour, Eleventh hour, mid tempo, qui aurait très bien collé au dernier Nostradamus de Judas Priest, me botte bien, surtout grâce à Owens. Par contre, le rythme oriental est des plus convenus, il faudrait un jour qu’on mette la pédale douce sur ce genre de pompages inutiles, qui sont plus là pour dire qu’on est ouverts sur le monde que pour une quelconque innovation musicale.

Mais peu importe ces basses critiques de nains jaloux de son talent. Dieu s’en est allé, convaincu que sa dernière offrande aura contenté ses adeptes, il reprit le chemin des cieux dans son carrosse d’or et d’argent, satisfait de son œuvre. J’oserai toutefois demander à sa Majesté de se bouger un peu plus l’arrière-train pour sa prochaine descente parmi nous, ça commence à sentir le réchauffé, Monseigneur.



7 décembre 2008

The Verve, Forth, 2008

La Paz, Bolivie, le 27 octobre de l’an 2008.

Estimé rédacteur en chef, cher M. Delvaux,

Comme vous me l’aviez demandé dans notre dernier échange épistolaire, j’ai rencontré dernièrement la personne recommandée à moi par vos soins. L’échange fut fructueux comme vous le supposiez si justement. Bien que vous m’ayez maintes fois prévenu que "l’homme" dont j’allais faire la rencontre était des plus particuliers, je dois avouer que, depuis mon retour à mon domicile, je dors mal, des rêves affreux hantent mes nuits, je ne me sens plus qu’à moitié vivant, ma mémoire sombre dans un néant quasi permanent.

Ce courrier est probablement mon dernier à votre intention, le temps m’est compté, je le sens. Je tenais cependant à vous narrer mon entretien avant que mes sens ne deviennent irrémédiablement fous. Oui, estimé rédacteur, car c’est bien cette nuit-la que la folie a pénétré mon âme, cette nuit, et cet entretien avec... un vampire !

Ne jetez pas mon courrier au feu, laissez-moi tout vous dire, puis tâchez d’oublier toute cette incroyable histoire. Vous vous rappelez certainement que je souhaitais rédiger un article sur le dernier album de The Verve, nommé Forth. Peu motivé par ce dernier, vous me conseillâtes de rencontrer un de vos secrets collaborateurs, un Comte, en sa demeure des Carpates. Pressé par le temps, je dus accepter cet étrange rendez-vous, bien que réticent à fricoter pour les besoins de mon travail avec la vieille noblesse moisie d’Europe centrale. Bon prince, vous me donniez alors un ticket de métro certifié périmé pour couvrir les frais de mon voyage, vous sûtes toujours être fort généreux avec vos collaborateurs, une générosité dont vous nous faites profiter chaque jour, lorsque nous lustrons avec nos langues nues les cuivres de votre carrosse de fonction.

Après avoir signé une quatrième hypothèque sur ma tente deux-pièces pour terminer de payer le voyage en bouée canard (votre don bien que généreux, ne fut pas suffisant pour assurer l’entièreté du voyage), je parvins au village de Coprolithe, proche de la demeure du Comte. De là je me renseignai auprès des villageois du moyen le plus rapide pour me rendre au château. Mais à peine prononçai-je le nom du noble personnage, qu’immédiatement mon interlocuteur blêmissait puis, terrassé par la peur que lui provoquait ma question souillait ses bas sans crier gare. Suite à maintes tentatives qui toutes occasionnèrent le même résultat, je finis par me rendre seul au château, quittant ce village aux relents de peur et d’effluves intra-intestines nauséabondes.

Après un très court trajet sur un chemin parsemé de papier hygiénique usagé, je parvins aux abords d’une forêt d’eucalyptus. M’adossant nonchalamment contre un vieil étron pour me reposer, je vis alors la demeure du Comte, perdue au fond d’une gigantesque cuvette. Je repris rapidement ma route.

Les portes s’ouvrirent comme par enchantement à mon arrivée dans la cour du château. Je gravis quelques marches qui m’amenèrent à ce que je supposais être la salle de réception. Le lieu n’était que fort peu éclairé, mais mes yeux s’habituant peu à peu à l’obscurité, je vis au fond de la salle une sorte d’autel surmonté d’un trône d’or blanc aux formes bien étranges. Je m’approchais lentement, puis une voix se fit entendre : "Entre, jeune chroniqueur, bienvenûe, approche, ne sois pas effrayé". La lumière se fit plus intense, je découvris alors devant moi de gigantesques chiottes d’un blanc immaculé, et sur ce trône byzantin, siégeait, cul nu et le regard fier, le Comte Yû Voskoboinikov !

"Mon camarade Delvaux m’a prévenû de ta visite, je suis bien aise de te recevoir, j’étais en pleine séance de travail, comme tû peux le constater." De travail je n’en voyais point ou du moins rien qui soit similaire à ce que je connaissais. Il y avait bien un lecteur mp3 posé sur un énorme rouleau de papier rosâtre, mais point de stylo, point d’ordinateur, juste le Comte, assis sagement et semblant attendre l’inspiration. "Tû dis vouloir chroniquer le dernier album de The Verve, c’est bien cela ?

- Euh, oui monsieur le Comte, c’est bien cela, je voulais connaître vos méthodes, je suis désappointé face à ce disque.

- Que ressens-tû à son écoute ?

- Rien, je trouve cela des plus inexistants, je ne sais quoi dire, je sens un grand ennui en moi, la voix est languissante, chaque titre se paraît au précédent, je ne vibre à aucun moment de cet album, moi qui pourtant aime à disserter, j’ai bien de la peine à exprimer l’inexprimable. Devant le néant, je me sens bien impuissant.

- Vois-moi et apprends, jeune chroniqueur, lorsque le disque est mauvais, il faut lûtter contre la matière, il faut se forcer, dilater ses sens, il faut se battre !

- Mais, monsieur le Comte, j’ai bien tenté, je l’ai écouté, réécouté, rien ne vient, je suis comme bloqué, presque constipé si vous me permettez le mot...

- Ici, tû peux tout te permettre, tû es dans ma salle de bains d’honneur, fais comme dans ton propre lieu d’aisance. Tû es libre d’exprimer les sentiments les plûs enfouis en toi.

- Je dirai alors que... cet album sent la fin d’un groupe surestimé, et que Richard Ashcroft n’a fait avec ce Forth qu’une bonne opération commerciale en remettant sur pied son groupe originel pour payer ses factures de gaz !

- Voilà qui est mieux, jeune confrère, et tû sais ce que j’aurais émis moi comme avis sûr cet opûs, un avis direct, sans fioritûres, qui va droit au panier, qui soulage le corps et l’âme, tû le sais !

- Je le sais, Comte Voskoboinikov, je le sais fort bien, et, si cela n’était point contraire à la bonne éducation que je me vante d’avoir, je vous aurai plagié avec grand plaisir."

Immédiatement après ces mots, le Comte me congédia, tira sur un cordon qui pendait à sa gauche. Au lieu du son de clochette attendu, je crus entendre le son d’une chasse d’eau. Cela fit entrer un serviteur qui me raccompagna au dehors. L’entretien avait duré toute la nuit, je pris le chemin du retour, fiévreux et abattu, comme sortant d’un long cauchemar. Sans même m’en rendre compte, le Comte coprophile avait eu raison de moi et de ma volonté.



4 décembre 2008

Cradle Of Filth, Godspeed On The Devil's Thunder, 2008.

Nous, Jean de Malestroit, évêque de Nantes et frère Jean Blouyn, bachelier en texte sacré, vice-inquisiteur, siégeant en tribunal ; Étant consultés et nous assistant deux évêques, docteurs en jurisprudence et en texte sacré ;
Ouïes les dépositions des témoins produits par nous, fidèlement examinés et leurs paroles exactement transcrites ;
Ouïe la confession spontanée faite devant nous ;

Te déclarons, toi, Gilles de Rais, présent en justice devant nous, hérétique, apostat, coupable d’horrible invocation des démons, de meurtres d’enfants et de crimes odieux;

Prononçons la sentence d’excommunication et te disons, comme tel, devoir être puni par les peines du droit séculier, salutairement corrigé, comme le veulent les canons. Fait en présence des notaires soussignés, de Pierre de l’Hospital, président de Bretagne, et autres honorables et nobles hommes, en Grande cour supérieure , siégeant en tribunal au château de Nantes, pour justice être rendue, le mardi 25 octobre 1440, à 3 heures du matin.

“J’en ai assez fait pour faire condamner à la mort dix mille hommes.”
Gilles De Rais.

Il y eut dans la lumière d’une gloire méritée l’illustre Gilles de Montmorency-Laval, comte de Brienne, maréchal de France, compagnon de Jeanne d’Arc, seigneur de Rais, d’Ingrandes et de Champtocé-sur-Loire. Puis, dans l’ombre du personnage respectable se dessina peu à peu le surnommé Barbe-Bleue, le meurtrier possédé, soupçonné puis condamné pour des agissements aux relents de rites sataniques, des meurtres (l’accusation parlera de 140 assassinats, la rumeur se rapproche de 800 !), des infanticides, des tortures, des viols, une litanie d’atrocités qui dépassent de loin ce qu’on peut encore montrer au cinéma aujourd’hui.

A la lecture des vices du noble serial killer, on a du mal à croire que tout cela soit la pure vérité, d’autant que les tribunaux d’alors n’avaient pas leur pareil pour remettre une couche de diableries et de perversion sur des accusations déjà lourdes. Les meurtres commenceront en 1432, soit un an après la condamnation au bûcher de Jeanne d’Arc, qui elle aussi subira les foudres ecclésiastiques pour des motifs bien différents, mais avec des accusations assez similaires.
En gros, un deal avec Méphisto en bonne et due forme, chose fort mal acceptée à l’époque visiblement.

Il n’en fallait pas plus pour que nos vampires favoris s’intéressent de même au noble “Saigneur” de Retz. Ce n’est pas la première fois que Cradle Of Filth se délecte des œuvres d’un noble taré suite à deux siècles de mariages consanguins. En 1998, nous avions eu notamment un album basé sur les plaisirs natatoires de la Comtesse Bathory, The Cruelty & the beast, qui, contrairement à Cléopâtre et ses bains de Monsavon, privilégiait une baignoire de sang frais pour soigner sa nécrophilie galopante.
Dans le même rayon, Diane de Poitiers se faisait bien importer de l’urine de mâle espagnol qu’elle utilisait comme dentifrice (efficace, je ne sais pas, mais ça coutait cher, parait-il).

Les mauvaises langues persifleront que Cradle Of Filth ferait mieux de se remettre à faire de la bonne musique plutôt que de lire les Contes de Perrault dans leur parking. Pourtant, supposons que le sujet a inspiré nos nyctalopes métalleux, cet album est une franche réussite. Loin du passable mais pas exceptionnel Thornography, Cradle s’est remis à bosser au lieu de se partager les bénefs des ventes de t-shirts, Godspeed on the Devil’s thunder a de quoi en remontrer aux éternels concurrents de Dimmu Borgir. Car Dani a grimpé sur son tabouret en tibias de chèvres et s’est décidé à démontrer que son berceau d’ordures avait encore de beaux restes.

Premier aspect fort plaisant, Cradle ne s’est pas lancé dans un concept album interminable avec des plages d’un quart d’heure chacune.
Treize titres, deux atteignant péniblement les neuf minutes, plutôt concis l'animal. Mieux, Dani a poursuivi sa mue ! Encore partagé sur Thornography entre cris porcins et grosse voix qui fait peur, notre amoureux de l’hémoglobine en poudre a su trouver un bon équilibre pour les vocaux. Conservant naturellement son timbre de voix si délicieusement désagréable couplé à des intonations plus humaines et compréhensibles, le chant cette fois-ci ne fera peut-être plus autant fuir qu’auparavant.

C’est alors avec un plaisir non dissimulé que nous suivons la vie de cet homme d’une piété exemplaire, qui se laissera tenter par le Diable, commettant les pires atrocités, puis, cherchant la rédemption, ira quémander la clémence divine pour ses crimes, histoire de réserver son strapontin pour le Paradis. Non seulement l'histoire est passionnante, mais la musique est loin d’être en reste. Partagée entre titres bien rentre-dedans (Shat out of Hell qui ouvre l’album en est un bon exemple) et plages plus ambiantes dont le Cradle a le secret, Godspeed on the Devil’s thunder s’écoute avec un égal bonheur d’une traite, cela faisait bien longtemps que je n’avais pas supporté aussi bien un disque de leur part sans zapper nerveusement.

Grandiloquence oblige, orchestrations et chœurs féminins sont de la partie, mais à doses mesurées cependant, la nouvelle fournée de nos vampires ne se veut pas indigeste, un mal pourtant récurrent dans ce type de performances.
Un anglophone convaincu aura encore quelques difficultés à saisir toute la poésie contenue dans la voix du Daninou aux dents en plastique, mais les progrès sont notables. Autre point très agréable, on ne nous a pas fait l’injure de coller par centaines des intermèdes acoustiques pompeux entre chaque titre, C.O.F. a préféré soigné les ambiances au sein même des morceaux plutôt que de cacher un manque d’inspiration par trois violons et un orgue d’église durant deux minutes trente.

Tout en restant très soigné, Godspeed on the Devil’s thunder va a l’essentiel. On pourra regretter parfois des chœurs un peu limites cuculs, mais rien de bien grave, l’ensemble reste d’un excellent niveau, disons d’un niveau qu’on n’espérait plus depuis Midian il y a de cela huit ans.
De la gloire aux meurtres, de la piété à la folie meurtrière, des catacombes de Tiffauges au bûcher, Cradle Of Filth nous offre un conte horrifique qui impressionne par sa maîtrise, le sang attire le vampire et semble visiblement lui filer une inspiration quelque peu évaporée ces derniers temps.

Pour les férus d’histoires saignantes, je les invite à lire Le procès de Gilles de Rais, de Georges Bataille, éditions Pauvert. Sinon, vous avez aussi Wikipédia...

1 décembre 2008

Nada Surf, Lucky, 2008.

Nada Surf, ou la parfaite incarnation de la machine à chansonnettes estivales. Ça ne fait jamais mal, c’est du concentré de positivisme gras comme un chouchou, ça s’écoute les tongs aux pieds et le bob vissé sur le crâne. C’est peaufiné au-delà du raisonnable, ça ralentit votre rythme cardiaque jusqu’à la syncope, et même lorsque ça grimpe dans les décibels de temps à autre, il n’y a pas de quoi vous affoler le palpitant. Vous pouvez y revenir chaque jour, vous ne verrez jamais le temps passer tant ces damnés new-yorkais savent rendre leur power pop aussi léger qu’une sucrette. Lucky ne fera pas exception dans leur discographie, bien que les sucrettes aient été cette fois un peu trop longuement diluées dans la tisane.

Nada Surf et son tube planétaire de 1996 avec Popular, tout un programme. Fini l’anonymat rassurant, et bonjour le statut pas toujours enviable de machine à hits en kit. High/low avait déjà tout d’un grand album, Let Go en sera la plus belle des évolutions. Nada Surf s’était fendu d’une parfaite synthèse de rock "good vibe", popisant mais pas dégoulinant, idéal pour évacuer le stress de votre dure journée de labeur. Une très efficace succession de titres apaisants et travaillés, relevés par ci par là de quelques morceaux plus énergiques et accrocheurs. Ca sentait le tube imparable sans pour autant donner l’impression que tout avait été formaté dans ce sens. Weight is a gift, sorti en 2005, m’avait laissé un léger goût de redite, bien qu’irréprochable et contenant comme son prédécesseur de petits bouts de singles épatants, ne laissant aucun doute sur le savoir-faire des californiens. Cependant, j’en restais tout de même à Let go qui me semblait avoir atteint la perfection à tous les niveaux.

De fait, première écoute de Lucky, nous sommes en terrain connu, toujours ces lignes de guitares inventives et désespérément belles pour certaines, ces chœurs masculins en fond d’écran, et Matthew Caws en tête, parfaitement en osmose avec les mélodies. Lucky débute par une jolie ballade avec tout ce qu’il y a de positif dans l’esprit, ciselée, élégante, douce entrée en matière, See these bones met tout de suite d’accord l’auditeur le plus aigri, Nada Surf n’a pas pour habitude de tromper son monde.

Cependant, une légère inquiétude vous prend si l’on tente une écoute linéaire de l’album. Certes, on ne leur connait pas des penchants pour le speed-metal, et c’est pas demain la veille que Matthew gueulera au micro "Gloire à Satan" tout en suçant une chèvre. Mais en tant qu’habitué du bistrot, on était tenté de voir apparaitre un petit morceau un peu plus relevé que la moyenne entre trois certes jolies salades. Or, on les cherche en vain les petites sauces piquantes tout du long de ce Lucky, on a beau retourner le disque dans tous les sens, on n’en extrait qu’une essence de power pop tout ce qu’il y a de respectable, mais rien qui pimente un peu le tout. Après moult écoutes, il faut reconnaitre que Nada Surf a mis nettement plus de lait dans son parfait milkshake habituel.

Rien pourtant qui nous fasse dire que Lucky est médiocre. A n’en pas douter, c’est un album très luxueux, mélodies, textures, chants, backing vocals, musicalement, c’est une réussite. Le bémol proviendrait étonnamment de la batterie, parfois un rien trop mise en avant, regrettable au vu du travail des guitares, qui est encore une fois à se damner. Les soubresauts sont à trouver du côté de From now on ou encore The fox, étrange morceau, différent en tout points de ce à quoi la bande de gentils rockeurs nous avait habitués.

Très porté sur les cordes, sombre voire oppressant, c’est une des très bonnes pioches de Lucky. Des invités de prestige viennent de temps à autre apporter leurs petites touches personnelles, que du beau linge en vérité. Entre Ben Gibbard de Death Cab For Cutie, Phil Wanderscher, Ed Harcourt et John Roderick de The Long Winters, Nada Surf nous fait profiter de son carnet d’adresses. Les apparitions des différentes guest stars sont d’ailleurs bien amenées, offrant quelques moments que l’on qualifiera de vraiment sympathiques. Sans dénaturer en rien le son de Nada Surf, la présence entre autres du trompettiste Martin Wenk de Calexico apporte indéniablement un plus.

La meilleure livraison de Nada Surf ?, on serait tenté de tirer un joker pour éluder la question fort embarrassante, car oui, Lucky est un excellent album, superbement travaillé, agrémenté de fort jolies mélodies qui feront le bonheur des soirées scouts dans les dix prochaines années. Les réticences pourraient apparaître dans le sens ou autant de sucrettes ingurgitées en un seul disque finissent par provoquer l’ennui.

Et peu de titres sont aussi accrocheurs que Popular ou always love en leur temps. Un grand album ne se limite pas à deux excellents singles et une poignée de bouche-trous. Pour Lucky, ce n’est pas le cas, il n’y a que des bons morceaux, mais rien qui sorte du lot, d’où la petite déception qui pointe le bout de sa perfide oreille. A vous de voir, selon votre humeur, si vous vous sentez des envies de petites douceurs ou si vous cherchez quelque chose de plus épicé.