Free Blog Counter

28 décembre 2009

Paul Di’Anno, La Paz, La galerie photos











© Vincent Ouslati - Le Ouistiti Hurleur - 2009. Droits réservés. Ne pas utiliser sans autorisation sous peine de poursuites.





25 décembre 2009

Paul Di’Anno, La Paz, Coliseo Instituto Americano, 26/11/09

On a les évènements qu’on peut en Bolivie. Régulièrement évité par les grosses pointures durant leurs tournées sud-américaines, il faut souvent se contenter de cover band locaux (souvent très bons au demeurant) pour se donner des allures de bled aimé du show biz. On évite quelques starlettes trop pompeuses, on évite aussi AC/DC qui se produisait dans l’Argentine voisine (ouinnn !) et l’on se concentre sur des mecs plus discrets, plus à même de vous en donner pour votre fric sans artifices, juste avec une gueule, une attitude et des refrains qui font s’allumer les potards. Paul Di’Anno fait partie de ces zozos qui baroudent sans relâche et toujours avec le même plaisir. Si le nom ne vous dit pas grand-chose, c’est sur une scène qu’il fait reluire sa légende, loin d’Iron Maiden, mais certainement plus proche de son public.

Je vous éviterai les histoires cocasses qui m’ont amené à l’achat des billets pour cette soirée, à peine parlerai-je du fait que j’ai du acheter les préventes (80 bol. soit 8 Eur. environ) dans une laverie automatique de La Paz, et que le reçu ressemblait si fortement à tout et à rien que je me suis trouvé un peu con le lendemain au moment de récupérer les tickets. La nana du guichet crut en effet que je voulais l’arnaquer vu que je lui ai présenté en toute bonne foi le reçu de ma facture de gaz (véridique...). Je dus retourner en hâte à la casbah pour retrouver le bon reçu.

Et je n’évoquerai bien entendu pas le fait que ladite nana, certainement troublée par mon erreur et mon charme naturel me fila sans le vouloir trois billets au lieu de deux, autant dire que la soirée ne me couta pour ainsi dire rien...

Paul Di’Anno en Bolivie, je ne pensais franchement pas voir ça un jour, pourtant le bonhomme effectue bel et bien quatre dates dans le pays, dont cette fameuse nuit du 26 novembre 2009 à La Paz. On me dit 20 heures devant la porte, le concert ne commencera qu’à 22 heures, chose classique dans ce pays où rien ne commence jamais à l’heure prévue, vraiment rien. Le Colisée est en fait le gymnase de l’Institut d’études américain, une salle qui s’apparente en volume à l’Élysée Montmartre, donc de taille correcte pour ce type de shows. Le programme était simple, quelques bières pour se mettre en jambes puis aller se moquer de la première partie, défendue comme il se doit par un combo local, Facto Alfa. Ennuyeux au possible, avec cette bouillie de métal progressif très dopé au synthé et aux roulements de batterie incessants. Le public dodeline à peine des cervicales, mais reste plutôt aimable et attend sagement que la torture cesse. Le chanteur place quelques discours politiques à l’intérêt tout aussi limité, mais c’est bien quand il ferme sa gueule que la salle semble la plus ravie.

Enfin, le chevelu annonce l’entrée de Paul Di’Anno qui cette nuit s’accompagne des musiciens boliviens du groupe Iron Of The Beast. Je n’avais jamais vu Popaul en chair et en piercings, et le bonhomme est en effet impressionnant, avec une carrure de déménageur breton sans le chapeau rond et une gueule de gros bébé qui directement vous le rend sympathique. Quelque peu échaudé par la bière, excellente ici (et pas chère...), je commence à trémousser de la caboche, Di’Anno s’installe devant le micro, puis nous jette a la gueule un Wrathchild que personne n’avait vu venir. Et me viennent en tête les titres du premier album d’Iron Maiden, époque bénie où le groupe alignait les pains punkisants les uns derrière les autres, où la jeunesse du combo faisait des miracles, entre spontanéité et déjà grand savoir-faire dans les compositions.

Di’Anno, bien que légèrement grippé suite à une tournée en Pologne qui est "un pays de merde" selon son appréciation, assure parfaitement ses vocaux, plus rugueux, plus brutal, ce titre d’entrée est fait pour lui. En quelques secondes, la salle quelque peu amorphe se transforme en champ de manœuvres pour jeunes dépravés, ça se bouscule, ça hurle, Di’Anno est la bête de foire que j’imaginais.

Pourtant, le puissant quinquagénaire donne des signes de fatigue, l’air lui manque. Située entre 3.400 et 3.800 mètres d’altitude, La Paz demande quelques jours d’acclimatation pour pouvoir y respirer correctement, mais les organisateurs des concerts ont cru bon de faire démarrer la tournée directement par la capitale au lieu des grosses villes alentours, plus clémentes niveau climat et qui servent normalement de paliers de décompression.

Le bougre souffle et boit énormément pour compenser, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre sans remords son set avec des maideneries du temps jadis qui en ressortent tout aussi percutantes. Prowler et Running free (qui sera joué en rappel) sont transcendés par l’interprétation de Popaul, bien que diminué, soufflant comme un phoque, tirant la langue avec un sourire de désespéré. Peu importe, il gère la boutique quoi qu’il arrive. Il perdra aussi pas mal d’énergie à pester contre le guitariste soliste, qu’il insultera copieusement durant toute la prestation car jugeant qu’il n’en fout pas une. On en vient presque aux mains, presque, ambiance ambiance...

La set-list est partagée entre les succès des deux premiers disques de la Vierge de Fer et les compositions personnelles de Di’Anno, franchement plus basiques. Mais le public ne lui en tient pas rigueur et je suis même surpris de voir que nombreux sont ceux qui connaissent très correctement son répertoire post-maidenien. Vidant bouteilles sur bouteilles (eau et boissons énergisantes, pas de Red Label visible), Di’Anno finit par demander durant le solo d’un sublime Remember tomorrow qu’on lui amène les bouteilles d’oxygène, il s’en met une lampée énorme dans la gorge puis repart dans des hurlements caverneux de folie.

Mais cette putain de grippe et l’altitude finissent par avoir le dernier mot. Handicapé par des crampes dans la jambe et visiblement exténué, notre Popaul finit par laisser le dernier mot au guitariste maudit qui lance en guise d’ultime rappel Transylvania.

Di’Anno s’excuse maintes fois pour le spectacle un poil gâché par ses petits ennuis, mais on ne lui en tient pas rigueur. Tant sa capacité à mettre le feu en deux minutes est admirable, tant ce type insuffle une passion encore surprenante à son public qui le lui rend bien. On espère le revoir bientôt, le Popaul, dans un autre lieu et avec un meilleur gratteux, car il en vaut la peine. Les meilleures années d’Iron Maiden, c’est lui.

Pour la galerie photos, c’est par ici.

22 décembre 2009

Rammstein, Liebe Ist Fur Alle Da, 2009

Coïncidences temporelles, on m’offrit Liebe ist fur alle da avant même un voyage en Allemagne, ce qui m’évitait de peu l'achat du Lonely dans la langue de Goethe et en ces temps difficiles, c’est toujours ça de pris. Rammstein en son royaume a t-il une saveur plus authentique que dans les MP3 d'outre-atlantique, l'expérience ici vécue nous prouverait bien que non...

P
renez la ligne de train Francfort - Munich, quatre heures de voyage au milieu d’un pays totalement blanc de neige, un silence de cathédrale gothique, des jeunes teutons somnolant entre deux sièges, tandis que votre primate écoute Rammstein, ce qui est une forme novatrice d’intégration express. L’Allemagne à capuche blanche, c’est apaisant, les gens ne vous brusquent pas dans les couloirs et vous font des grands sourires lorsque vous déballez votre accent pseudo germain lamentable, oui il caille et ça crée des liens d’avoir les pieds froids. De cette besogneuse de Francfort à la petite munichoise si précieuse, l’une froide et la seconde moins froide mais pas franchement moins dès que le vent se lève en direction de votre gueule. Et je me farcis donc Rammstein parce que c’est un cadeau.

On connait les maux du groupe, ses graves compromissions d’avec une pop trop gentille pour eux et des velléités de démocratisation qui ne datent pourtant pas d’hier. On poursuivra sans problèmes le débat avec Liebe…

Le démarrage en cote avec chœurs d’église et un Tim Lindermann mielleux puis la banale baffounette d’entrée en matière et vous avez Rammlied, droit dans ses bottes et plat comme une bière alcoolfrei, un Rosenrot de deuxième ligue (voire troisième ligue). Mais en concert alors ? Vous connaissez forcément la foire d’empoigne que provoque Du Hast alors vous ne serez que démoralisé par un Rammlied en live.
Lorsque vous écoutez Ich tur di weh, vous vous rendez compte que le contrôleur vous demande votre billet dans son beau costume bleu et que vous devez le sortir de votre poche, et que bon, c’est chiant Ich tur di weh.
Le train m’endort mais j’en suis à Weidmann Hell et quelques passages me plaisent bien, pas bandant non plus mais Tim est amusant avec sa grosse voix et le léger passage folkisant s’insère bien dans le paysage de la campagne germanique perdue sous la neige. Haifish sent le vieux Camouflage dans ses débuts puis revient à Reise reise parce que c’est tout de même plus vendeur. Note, j’ai vu le coffret Depeche mode à la fnac locale de Munich, 69 euros, pas de coffret Rammstein cependant, nul n’est prophète en son pays hein...

B******* me fait dire qu’un titre de Cannibal Corpse, même inaudible est plus excitant que ce nouvel album de Rammstein dans son intégralité, et cette constatation n’en amenant pas d’autre, je passe au titre suivant.

Fruhling in Paris est jolie, Tim qui hommagise Edith Piaf, ça me rappelle Mustaine qui fait le tapin à coups d’A tout le monde et c’est triste, très pupute aussi, mais c’est constitutif du cahier des charges. Bon et puis Wiener Blut et son archi basique construction lent/rapide lourd/léger, on se répète sec.

Un peu de cul alors ? Hormis visiblement le clip de Pussy que je n’ai pas vu et qui n’a donc nécessité aucun nettoyage de mon entrejambe avec du PQ, le titre est plutôt entrainant même si basique, la simplicité est encore le plus efficace des remèdes aux mauvais albums. Les paroles feront pouffer les gamins fraichement intégrants du collège et on aura toujours quelques images pour apprendre l’art de la paluche.

Liebe ist fu alle da puis Mehr pratiquent avec force conviction cet art de la redite mal chiée que l’on reproche depuis déjà quelques années à nos méchants Allemands. Quant au final de Roten Sand, aussi mou et insensible que le tofu avalé au chinois de la gare de Francfort, il conclut le tout sans peine et sans plaisir. Une heure de passée, le soleil enfin crève le ciel et les villages de la campagne bavaroise restent tout aussi peu animés que mon palpitant à l’écoute de ce décevant ersatz.
Une heure passée avec un Rammstein perdu dans un automatisme bâtard et épuisé, incapable de proposer ces petites perles de brutalité de jadis. On ne pourrait pas franchement lui reprocher ce nouveau penchant mou car intrinsèquement c’est écoutable.
N’empêche, elle a pas belle allure la force de frappe germanique.



19 décembre 2009

Miles Davis, Nefertiti, 1967

Il s’agit bien d’un disque de jazz, sur un blog de rock et de metal .Ça vous semble incongru, bizarre, à moi aussi finalement. Je cherchais où caser cette chronique dans les différentes rubriques du Ouistiti, j'ai du en créer une nouvelle, car en 1967 est paru cet album, quelques paires d’années en somme. Mais les reines ont l’élégance de ne pas vieillir, et un disque qui se permet de revendiquer l’Égypte ancestrale comme référent aura éternellement des quintaux de noblesse à revendre, même aujourd’hui.

N'attendez pas ici une longue variation de termes techniques sur le jazz, sur les mouvements, sur les improvisations, sur le libre exercice non imposé par Miles Davis à son quintette de luxe, je n’y connais rien, strictement rien. Miles Davis m’est tombé dans les mains sous forme d’un vinyle, avec à ses cotés une grosse trentaine d’autres, de Herbie Hancock à Thelonious Monk, de Julian "Canonball" Adderley à Louis Hayes. Nefertiti me fascinait spécialement car il associait Davis à la trompette et Herbie Hancock au piano, deux très fins bretteurs dans leurs domaines respectifs. L’effectif se complétait par Wayne Shorter, Ron Carter et Tony Williams, et vous aviez bêtement l’une des plus belles équipes possibles en ces années 60.

Miles Davis ne proposera aucune composition personnelle sur Nefertiti, laissant le soin aux autres membres de développer une partition comme bon leur semble, bien que Wayne Shorter se gardera la plus belle part. On lui doit notamment l’ambiance finement obscure, ces quelques notes qui commencent à poindre vers l’Afrique. De cette composition à multiples mains, on aurait pu en extraire une cacophonie trop libre pour passionner, mais ce serait sans compter l’alchimie diabolique tissée entre nos compères. Davis, bien qu’en retrait en terme d’écriture, dirige habilement ses acolytes, laisse l’espace nécessaire à chacun tout en imprimant sa patte. Le jazz par Davis n’est pas le jazz de quiconque, et avant le changement radical et électrique qui suivra, il donne un sérieux coup d’insolence au genre avant de le réinventer dans des splendeurs de la carrure du Bitches brew de 1970.

Nefertiti s’orne de thèmes qui reflètent divers états d’esprit, diverses sensibilités, entre un vigoureux Madness et la folie juvénile qui emplit les notes de trompette de Pinocchio, la palette musicale est à l’image du bagage exemplaire du quintette. Variée et exécutée avec la grâce collée aux doigts. Le jazz de nos sujets pouvait se prêter à toutes les variantes, à des dizaines de nuances qu’ils ne manqueront pas de faire éclater sur scène. Mais à l’apprécier sous cette forme plus policée, ce disque est déjà un beau témoignage de ce chapitre de la carrière de Miles Davis, bien que pas fatalement le plus célèbre, car un peu minoré par son statut de dernière envolée acoustique avant le voltage qui s’annonce.

Il n’empêche que cette reine, même parée d’aussi simples atours, conserve un charme intemporel.

16 décembre 2009

Them Crooked Vultures, Them Crooked Vultures, 2009

Des vautours en goguette, une triplette en platine et diamants qui montre des becs énormes, Them Crooked Vultures avait tout du choc évènementiel avant même ses premiers coups d’ailes. Il fallait voir comme les admiratifs des plumeux jouissaient d’avance, se pâmaient de cette union entre titans des hauts plateaux. Le combo de luxe avait réussi à surprendre, il fallait alors convaincre les impatients.

Autant Dave Grohl et Josh Homme dans le même studio, on connaissait vu que leur association a déjà donné du monumental avec Songs for the deaf. Ce qui a le plus surpris, c’est bien l’arrivée au sein de cette belle paire de John Paul Jones qui peut vous balancer dans la tête son CV avec pas moins que Led Zeppelin comme référence ultime. Vu que seuls trois zouaves peuvent se permettre de montrer tel background sans mentir (sans compter le fiston Bonham il est vrai), la nouvelle a de quoi imposer le respect.

Mais pas prétentieuse la star, bien loin de tout maniérisme en rapport à son grand âge ou son bagage en plomb, Jones se fait simple membre, exécutant poli et appliqué, raison sociale qu’il trimballe depuis ses voyages en dirigeable. On le dirait d’ailleurs parfaitement heureux d’intégrer cette nouvelle expérience aux cotés du poulpe Grohl, qui s’amuse depuis sa retraite nirvanesque à déconner de concert avec toutes ces idoles de jeunesse.

Qu’avons-nous donc dans le nid de nos plumitifs starlettes, un batteur qui n’en finit plus de démontrer sa supériorité incontestable dans le martelage de peaux, un bassiste dont on n’espérait plus une trempe aussi heavy et un maitre de cérémonie en la personne de Josh Homme qui survole d’une bonne tête la folle équipée, tout juste armé de sa guitare et de sa chemise de bûcheron. On n’ira pas étonner les foules en indiquant que Them Crooked Vultures sonne pas mal comme du Queens Of The Stone Age, mais le simple référent QOTSA serait réducteur.

D’ailleurs, si vous êtes de l’autre coté de l’Atlantique, on rapproche davantage la musique du trio à du Led Zeppelin moderne alors que les Européens y voient très clairement l’influence lourde des Kyuss et autres Fu Manchu. Il ne faut pas être un dieu en musique pour piger que ces influences sont évidentes, suffisait de reluquer les fiches techniques des membres et walou, tu l’as ton background. Les influences, ça va ça vient, et on n’ira pas en parler sur cinq paragraphes. Pour mon cas, écouter les vautours m’a donné envie de ressortir le sous-estimé Rated R des Queens, injustement floué de son titre de meilleur album stoner rock par l’arrivée de son petit frangin tout rouge.

Avec ses psychotropes sous la couette, Them Crooked Vultures n’en finit plus d’extraire sa bonne came de sous les plumes, en cela parfaitement fourni en moments merveilleux par l’Homme, bien à l’aise dans son rôle de guitar hero croisé avec Elvis Presley. Tout est dans les refrains, crassement indispensables et qui profitent de l’expérience en la matière du gratteux, grand volatile au-dessus des jeux de grosses pelleteuses de ses compères. Il faut dire que le bonhomme commençait à s’emmerder ferme chez ses folles de l’âge de pierre et ça se sentait de plus en plus (Era Vulgaris avec le recul, franchement...). Ici on le sent enfin de nouveau prêt à remuer les foules, avec un déroulement de riffs tous plus pervers les uns que les autres, ceux qui ne changent rien au monde actuel mais qui font preuve d’une efficacité garantie sur facture.

Ce disque est celui de la foire aux bonnes idées, même si pas toujours bien exploitées. Con comme la lancée d’Elephant amène à un titre de rock assez quelconque, dommage comme les successions de virages de Reptiles sont chiantes au bout du compte. Mais c’est que je minauderai sur l’album du mois dis-donc ! N’y voyez pas malice, car même pas toujours au delà de nos espérances, ce disque est suffisamment bien monté pour gravir les marches du podium. Ça reflète peut-être la nullité fantastique d’autres compétiteurs mais il est certain que cette triple alliance a fait des miracles. Mettre tant de piafs talentueux dans le même nid engendre des trouvailles, pas toujours digérables sur le moment, c’est fatal.

John Paul Jones, notre vétéran, nous gate avec sa participation à la basse mais aussi aux claviers. Ça émoustille sévère à l’écoute de Caligulove ou de Scumbag blues, qui gagne d’ailleurs le titre du morceau le plus zeppelinien du lot. Il faudrait caser dans les compil’ de Noël des bizarreries aussi bien foutues que Warsaw or the first breath you take after you give up et son psychédélisme toute en poussées orgasmiques, Dead end friends qui fait grimper au mat malgré un apparent simplisme (et alors ? Ben non, c’est bon de fait), et ne pas omettre Spinning in Daffodills qui dit tout en une phrase "I’m so high I just may never come down" et en effet, les bougres sont haut sur l’échelle du génie.

N’en jetez plus, il était entendu que cette association ne pouvait aboutir qu’à quelque chose d’extrême, soit le lourd échec, soit la franche réussite. Et malgré quelques tentatives pas totalement convaincantes, les vautours nous offrent là quelque chose de diablement excitant, bandant en somme. Les groupes qui ont vraiment provoqué tel engouement, telle espérance cette année ne sont pas légions, loin s’en faut. A voir si cet album pourra prétendre aux mêmes cimes que Songs for the deaf en son temps, mais cette livraison de fin d’année fait bien plaisir. Le genre de cadeaux qu’on attend et que l’on déballe avec calme, en profitant du moment. Même en musique, c’est pas tous les jours Noël...



13 décembre 2009

My Sad Captains, Here & elsewhere, 2009

Il est de ces musiques qui vous rendent aussi apathiques et mous qu’un paresseux, de ces voix qui vous bercent à l’aube de vos soixante ans comme lorsque vous tétiez le sein chaud et rond de votre si belle maman, de ces comptines divinement pop qui vous font dire qu’il y a encore quelques poissons dans la mer. Here & elsewhere est de ceux là sans doutes aucuns.

Dans la vitrine et bien avant même la première écoute, j’ai posé les yeux sur le carton recouvrant l’objet, classique. C’est important un bel emballage, plus encore à notre époque où l’on downloadise à mort, merci à mon fournisseur de grosse bande, big kiss à mes dealers format USB 2.0. Comme je regrette soudain le format actuel de parution des images qui me restreint au 5x5 et 96 pixels, ne pouvant vous en faire profiter d’idéale manière. J’ai acheté l’objet uniquement pour faire profiter mes mirettes des dessins, des graphismes, de ces jolies arabesques naïves. Basiquement, voilà donc une jolie pochette, qui fait penser, sourire, rêver, qui fait espérer des quintaux de sympathiques mélodies. Le visuel ouvre l’appétit, alors le menton trempé dans ma propre salive, il fallut passer au plat de résistance, musique !

Je suis convaincu que certains de mes plus vils et brutaux lecteurs pourraient trouver cela un tantinet fade, trop édulcoré (manque de poils sur les couilles en somme). Il faut entrer dans cet album comme l’on entre dans un centre de thalassothérapie, avec sérénité et courte serviette. L’esprit reposé aide grandement à accepter cette parfaite non-violence, cette langueur si bien rendue qu’elle vous imprègne le cérumen durant la journée. Le travail de ces marins d’eau douce semble finalement très simple alors qu’il n’en est rien, tout se joue sur une discrétion appréciable, rien de trop, rien de moins, c’est là de l’orfèvrerie précise et jamais vulgaire, encore moins racoleuse.

Curieux comme un groupe aussi gentillet a pu faire paraitre des disques, on les imagine mieux dans le grenier du tonton James à titiller de la vieille corde plutôt que dans un studio d’enregistrement. Quoique My Sad Captains peut aussi faire dans le plus élaboré, All hate and no plans est surprenant avec ses idées au kilomètre lancées ici sans que jamais se profile la prise des pieds dans le tapis. Quant aux textes, tout aussi précieux (Here & elsewhere, aaah), ils se fondent avec les notes dans la même ouate, petites histoires mélancoliques plus profondes qu’elles n’y paraissent. Ed Wallis (chanteur de type glotte dans le miel) leur donnant une profondeur qu’elles ne semblent pas contenir au premier jet.

Peut-être est-ce là justement la nuance d’avec nombre de groupes pop starophiles, peu doués sauf pour flamber, trop pressés d’atteindre un succès de masse avec de la putasserie vendue au kilo tels que ......., ......., et surtout ces gros nazes de ...... ! (veuillez inscrire dans les pointillés les groupes par vous détestés).

Plutôt que d’accéder aux désirs artistiquement faibles de ces zouaves, mieux vaut en revenir à quelques discrets artistes, nettement plus affables et besogneux. Votre audition vous le rendra.



10 décembre 2009

Laurent Garnier, Tales of a kleptomaniac, 2009

Depuis le temps que Laurent Garnier chasse le vinyle aux quatre coins des dancefloors, il fait quasiment partie des meubles du genre. Quand on ne connait personne dans sa catégorie, on le cite lui, lorsqu’on ne sait que dire en face d’un vendeur de la Fnuck au rayon électro, on dira Lolo Garnier, ou les deux robots en costard que je sais plus comment ils s’appellent mais ça parle de punk, ça oui. C’est la force de rester dans le coup après une si honorable durée dans le temps, et ses contes de kleptomane ne feront pas démentir l’estime que lui vouent ses petits suiveurs.

Laurent Garnier ne s’emmerde plus en longues réflexions métaphysiques sur les origines de sa musique, il sélectionne les plus beaux morceaux, et en fait une soupe. Du potage velouté pour le coup, qui a longtemps mijoté et qui parvient miraculeusement à conserver les saveurs intactes de chaque ingrédient. Il est arrivé au stade envié par nombre de jeunes créateurs, celui où la patte de plastique est immédiatement reconnaissable, celui où l’on reconnait dès les premières secondes un son particulier, personnel.

Impressionnant car Tales of a kleptomaniac est riche, très riche, d’une variété rarement visible chez Laurent Garnier, habituellement partisan de travailler sur une même thématique, avec une introduction-développement-conclusion et il vous emballait l’affaire. Ça rendait le tout cohérent, costaud. Du Garnier comme on n’en fait que chez lui. La tentation était forte de passer à autre chose, non pas en révolutionnant un son qu’il mit des années à créer, mais plutôt en parvenant à rendre un ensemble hétéroclite le plus cohérent possible. Casse-gueule l’expérience, et défourailler autant d’univers distincts sur une même galette avait de quoi faire frémir le premier musicologue de bazar venu.

Peine perdue, Garnier est un bonhomme on ne peut plus expérimenté et son oreille n’est pas encore prête de le tromper, car cet album, bien que réellement fourre-tout n’a rien d’une brocante. C’est étonnant, mais on peine sévère à trouver cet ensemble imbuvable. Ça passe comme du petit lait, c’est agréable, c’est varié, ça colle pour danser, ça colle dans l’Ipod, ça colle pour flâner, ça colle quoi.

Le kleptomane a piqué dans les poches du drum’n’bass, de l’Afrique lointaine, de la techno à sa sauce, du free-jazz le plus fameux (Dealing with the man est aussi surprenant que beau, de plus le maître y chante), du rap et j’en passe, les poches du kleptomane débordent de clés qui ouvrent une foultitude de portes. Une goutte de déception dans cette mare aux plaisirs, Freeverse Part. 1 et son phrasé rap “Featuring Micflow”, est assez navrant au niveau du flow justement. Le texte est nul et le Micflow n’a rien vocalement pour le sauver. C’est bien con car musicalement, c’est l’un des titres les plus surprenants du lot.

En guise de petit tour dans ses poches, Laurent Garnier offre la panoplie complète de ses découvertes. Toujours vaillant notre parrain de la French touch, on lui sera gré d’inspirer encore quelques années ses adeptes. Un jour peut-être parviendront-ils à un tel équilibre entre l’expérience et la curiosité.



7 décembre 2009

Om, Pilgrimage, 2007

Tombouctou crève de ses marchands d’étoffes et de ses touristes rouges, comme autant de fourmis qui s’insèrent dans les alvéoles des vendeurs. Pellicules entre les mandibules, raclement de glotte et démarrages de négociations inutiles autour d’un thé brûlant, la parole a libre cours. Tombouctou est cette ville savante de marchands et de voleurs aux confins du Nord Mali, aux portes du Sahara. Luttant sans cesse contre les vents qui l’enveloppent de nappes de sables, la ville s’enterre au fil des siècles, emportant son prestige moisi dans son agonie. Sa marche funèbre, Om la composerait aisément et personne n’y verrait une rareté.

Om dépeint son atmosphère via deux entités, un étrange duo composé d’Al Cisneros (chant, basse) et de Chris Hiakus (batterie). Fondus dans le moule du stoner, les composants d’Om ne conservent que la lourdeur et balayent tout le reste. Ils m’emmènent alors en pèlerinage dans le désert, à la recherche de la dune surplombée d’un dealer de poudre blanche, Om, qui jette au vent sa marchandise et se mêle au sable qui partout règne. Le soleil me brûle, me colle les vêtements à la peau, mes pas sont lents dans le sable, la marche est ralentie et monotone. Je ne m’accroche plus qu’à ces quelques accords de basse se figurant cithare, un mantra de notes jumelles qui n’en finissent jamais, qui s’immiscent entre les nerfs et m’ordonnent de marcher, pas après pas.

Déjà bien loin des portes de Tombouctou, je rencontre enfin le dealer des dunes, il est vêtu d’un tourbillonnant kashmir aux manches amples, et d’un turban d’étoiles. Le dealer m’offre des lignes à suivre, celles qui se tracent du doigt et s’évanouissent dans les narines, je choisis la plus droite et la plus courte, car serpenter sous le soleil m’épuise, bien que le but en vaille la peine, semble t-il. Le dealer sourit, frappe bruyamment dans la paume de ses mains et je reprends la marche.

Om n’est pas qu’un commerçant douteux, il est le désert, où seul survit l’halluciné, le perdu, le désincarné. Il engendre cette pesanteur mêlée d’Orient qui jamais ne cesse de m’empoisonner. Lorsque j’atteins les dernières limites supportables par mon organisme, pris dans les mâchoires des hallucinogènes les plus puissants, c’est de leur musique dont il s’agit, celle qui fait voir les monts de sables bleus et le ciel orange.

C’est une course sans autres compétiteurs dans le désert qui se renouvelle sans cesse, à la recherche d’un néant salvateur, d’un savoir d’érudit que l’on ne cherche pas à atteindre. Les chameaux sur le chemin m’ignorent de toute leur hauteur, je ne suis rien au milieu de ces immensités, je ne suis plus vivant et déjà mort, un tas d’ossements qui boite, qui supporte quelques kilogrammes de chair rougie, mais d’âme, point.

Je me rappelle malgré tout pourquoi cette nécessité de fuir la ville, cette dispute, cet appel incandescent venant des dunes, l’appel du marchand de félicité au delà des murs de terre, l’appel d’Om, engeance bicéphale qui envenime l’air, qui attire les perdus et les enlève. Le ciel se maintient orange, il est bas et lourd, il annonce un déluge dans le désert, et je traine sur des mètres qui semblent des kilomètres mes restes d’humanité, je veux la perdre, volontairement, je veux l’oublier, elle me crame cette sensation d’humain, cette sueur, cette sécrétion sale qui me dégoute. Ce pèlerinage ne sera pas le dernier, mais il me tuera sans conteste au prochain vent fou, celui qui annonce toutes les peines de Dieu, et de son dealer des sables.

Tombouctou, 25 novembre 2005.

4 décembre 2009

Kat Onoma, Far from the pictures, 1995

Il est tard, samedi soir, désoccupation post-beuverie. Histoire d’agiter les doigts, on va poser sa cuite face écran et on se retrouve sur un blog, celui de mon ancien rédacteur en chef de P-R. Il poste des trucs sur un peu tout en ce moment, glande sévère le mec. Mais autant ses billets brillent par leur diversité, autant les commentaires en reviennent finalement aux mêmes débats mi comiques mi grotesques qui font tout le sel de cette activité. Tu as toujours un chieur, un troll, un marrant, un philosophe, un avocat, un pote, un suce-boules aussi mais à tour de rôle celui-là. Puis vous avez celui qui vous colle un lien. Et ce mec qui colle un lien, je lui ferai bien un poutou en priant que ce soit une femme plantureuse à la peau douce.

Ledit commentateur laissait cette fois un lien sur un article d'un mec dont tout le monde se fout. Il avait fait un papier fendard sur Indochine,
ici, (fendard pour diverses raisons qui ne seront pas ici développées). Ce qui m’a intéressé, c’est un des commentaires postés en dessous, un de ces petits textes anonymes ou non jetés là par des désœuvrés entre deux pauses croissants/margarine.

De liens en liens, j’en arrivais alors à Kat Onoma, hardiment défendu par ledit commentateur qui se reconnaitra, tout enfermé dans sa chambrette qu’il est. De Kat Onoma, je n’en connaissais en fait que dalle, quelques passages sur Radio France, quelques notions du groupe très vagues qui ne feraient pas honneur à mes fabuleuses connaissances musicales (kof, kof...). Jamais un disque d’eux en poche, toujours quelques miettes de notes passant bien à propos durant la douche ou au réveil, meilleurs moments pour assimiler n’importe quelle mélodie à du bruit de fond.
Il est surprenant comme l’on peut s’accrocher à un nom sans rien en savoir a priori. C’est tout le bonheur de cette occupation, vous pouvez allez vous la péter à écrire des conneries sur tel ou tel disque, mais ce ne sera toujours qu’un gros glaviot dans un océan d’artistes gisant dans des profondeurs inatteignables. Ayant à cœur d’y aller voir, je me fis pourtant prêter Far from the pictures, comme ça, pour connaitre.
Je comprends maintenant pourquoi le groupe semble reclus dans les cédéthèques d’une minorité d’esthètes de la musique bobos catégoristes. Pas du genre à se faire aborder comme la première greluche venue le Rodolphe Burger. cette étiquette d’austérité et d’aridité musicale apparait finalement comme très mal collée. Simplement le groupe refuse d’entrer dans un cirque rock’n’roll trop souvent ridicule et mettent en avant de vraies émotions plutôt que de l’entertainment qui schlingue par trop la thune rapide.
On jugera cela comme courageux ou pédant, chacun son avis sur la question. Mais L’atmosphère est effectivement sombre et j’imagine avec peine me trémousser sur ces longues complaintes. C’est bien du rock mais un rock mature. Burger (se prononce "Burjé" et pas "Beurgeur" merci...) parle plus qu’il ne chante, avec cet air gainsbourrien dans les amygdales si troublant. Non pas de mimétisme, mais le charme est semblable, comme ces vieux sages qui vous obligent à tendre l’oreille pour mieux s’imprégner de leur savoir.
J’avais entamé mon écoute comme une expérimentation poussive, une sorte d’exploit du genre, je me tape du rock intello. J’en sors avec une addiction terrifiante de la musique katonomienne, du moins de cet album qui en appelle déjà d’autres. Nous ne sommes donc ni trop misérables ni trop limités pour écouter Kat Onoma, et ceux qui jugent aussi belle musique austère n’ont visiblement plongé qu’un orteil dans l’océan. C’est trop peu.

1 décembre 2009

Mass Hysteria, Failles, 2009

Je vous parle parfois de la Team Nowhere, le niveau zéro de la musique lourde made in France. Merci de ne pas y inclure Mass Hysteria qui fait figure d’esthète à coté de ces guignols pathétiques. Bien qu’ayant connu un coup de mou suite à une relation non protégée avec Miossec, ils sont très vite revenus à leur électro/métal de fonction en faisant ce qu’il convenait d’appeler un virage sec. Après ce retour si brutal, on espérait surtout qu’ils maintiennent le cap. Ils le maintiennent, certes, mais plus à la façon d’un chauffeur de poids-lourd que du fin pilote de petite anglaise.

J’avais adoré et j’adore toujours Une somme de détails. Du riff de furieux en pagaille, des textes pas trop débiles (pour des métalleux français s’entend), et un mélange d’électro et de grosse batterie simplement génial. Du métal qui donne envie de sauter partout comme un malade, de s’agiter en tous sens comme pris d’une frénésie dansante incontrôlable. Il avait tout ce disque, l’inspiration, la furie, l’envie, carton plein dans mon top 10.

Inutile de dire que je ne voulais pas réentendre les tristes complaintes miossesques après telle mandale. Et d’une certaine manière, Mass Hysteria ne me déçoit point. Le rythme n’a pas faibli, bien au contraire, le son est encore plus lourd qu’en 2007, plus lent aussi, plus massif oui, comme une pluie de briques qui vous écraserait la tronche (notez l’artwork très explicite).
Le massif a du bon, mais Mouss et ses compères ont (un peu) délaissé ce qui faisait d’eux un groupe si singulier dans le paysage métallique hexagonal, leur diversité.

Failles porte mal son nom, car c’est un bloc qui n’en comporte justement aucunes, aucun élément saillant, aucune aspérité curieuse. Un disque qui aux premières écoutes semble constitué d’un seul et unique titre, variant à peine ses rythmes de temps à autre.
Après plusieurs écoutes, le constat se veut moins négatif, et peu à peu se font jour les réussites de cet album et la confirmation que Mass Hysteria est clairement dans sa bonne époque. C’est même un excellent foutu disque, pour qui aime le martelage insensé et les riffs basiquement jouissifs.
Costaud donc, et la suite est à l’avenant, au point que le rapprochement d’avec le Rammstein martial d’antan est plus qu’une certitude, Mass Hysteria n’est jamais allé aussi loin dans la brutalité crasse, dans une puissance ahurissante plus teutonne que jamais (Plus qu’aucune mer).

Archipel des pensées démontre leurs capacités a dégainer sans prévenir de gros bons moments, qui nous renvoient les larmes aux yeux à Contraddiction ou au précédent, les meilleures références possibles de leur carrière.
Dans le même registre, Dysphoria, ou le très électronique Magnétisme des sentiments qui rappelle le monstrueux Killing the hype de la somme de détails passés sont des crus corrects, convaincants, pas géniaux franchement, mais efficaces certainement.

Par les textes, l’on peut aussi se rendre compte de plus de mordant, moins positif, plus inquiet. Les thèmes sont les mêmes, critique du fameux système, de la liberté de penser et autres classiques refrains pour jeunes révoltés.
Attention, il en faut de ces petites piques, n’allez pas croire que je critique ces vues d’autant que Mouss les développe de manière suffisamment vague pour ne pas gonfler l’auditeur.
Carré, furieux, en somme bon, Failles est un nouveau et salutaire coup de pied au cul. J’oserai relever cependant un manque cruel de nuances qui faisait tout le charme de Mass Hysteria et qui ne se retrouve plus autant ici. Après, à choisir entre de la minauderie avec Miossec et ce parpaing, le choix est vite fait...