Comment voulez-vous expliquer ça ? Une bande de semi-clochards parvient en cette année 1987 à ranimer à eux seuls le hard rock. Pas plus, pas moins, un pan entier de la musique leur doit une seconde jeunesse, grace à un disque, un putain de skeud qui semble avoir été bricole par Satan en personne, histoire de dévergonder le Monde connu. Un appétit de destruction, une soif de tout péter, des flingues, des roses et mon tibia dans ta jugulaire, l'Enfer sur Terre, j'en redemande au dessert!Pensez donc que le genre est à cette époque accaparé par toute une bande de tarlouzes maquillées comme des putes, héritage des New York Dolls en plus vicieuses et souvent nettement moins douées. Le glam, c'est le "rock" de cette fin de décennie, le thrash tient les commandes d'un monde quelque peu à part, le heavy reste encore populaire même si l'on sent qu'ils ne passeront pas les années 1990 sur le podium et le reste du rock se teinte de pop et de FM pour racler le plus de thunes possible.
Mais de hard, de ce rock sauvage, méchant, douteux et effrayant, point. Il n'y a plus rien de ces groupes sulfureux qui firent la légende du genre, tous morts, en dépression ou pire, en rédemption du style qu'ils firent naitre presque 20 ans auparavant, tout cela crève, sniffe pour crever plus vite, ou sniffe déjà la terre des caveaux. Rock is dead et on s'en branle.
Puis survient un miracle, un de ces évènements qui ne se produisent que chaque décennie, un Messie descend de son bus sans payer son ticket, se pose devant l'assistance déprimée et leur défouraille un riff, un titre, un album qui balaie d'un coup d'un seul toute la crasse qui vous encombrait.
Appetite for destruction porte la croix sur un fond noir, les Guns portent le deuil du hard rock, l'enterrent fissa en l'espace de Welcome to the jungle, les Guns N'Roses en 1987 sont les fossoyeurs du genre, une grosse branlette dans la fosse. Excessif jusque dans son pendant pictural car la pochette originale de Robert Williams devra se contenter du livret, trop choquante aux yeux de certains. Mais sans interdits, point de provocation, point d'outrages, vive le PRMC, gage de qualité.
Vivant, excitant à en faire bomber le jean, Appetite for destruction est autant un testament qu'une profession de foi. Oui, ce f...... album enterre et donne naissance au hard, une nouvelle jeunesse, aussi courte et débridée que ses autres vies, toutes aussi éphémères et brutales.
Cet album est essentiel car il y va, à l'essentiel, chose que les Guns perdront peu à peu, perturbés par les délires monomaniaques de leur chef en culottes courtes. Mais ici, la mégalomanie n'est pas encore de mise, ce n'est qu'urgence, violence et liberté.
Même lorsque Duff McKagan nous dit de Sweet Child O' Mine que "ça fera toujours une ballade a la con", on s'amuse car mine de rien, elle tient le niveau face à ces 11 petites copines.
Evidemment que ça ne durera pas, et la perfection sale qu'offriront les Guns sur ce disque ne se retrouvera jamais plus ensuite, seulement par bribes, par petits morceaux. Mais il ne fallait pas attendre une autre roquette de ce calibre, c'est le genre de miracle que se produit une fois dans la vie d'un groupe et qui ne se reproduit jamais.
Comme souvent ces premiers albums, bourrés de jeunesse et d'urgence sont voués à rester orphelins de leurs géniteurs devenus bouffis par le succès et les thunes. Loin d'eux, restera à jamais Appetite for destruction, parfaite claque dans la gueule du conformisme et accessoirement le meilleur album de hard rock depuis maintenant près de trois décennies.
Effectivement, un superbe album. A mes yeux, le seul intéressant de la part de ce groupement ô combien surestimé...
RépondreSupprimerOui, je le crois aussi. Je réécoute en ce moment les Use Your Illusion. Tant dans le I que dans le II, le meilleur cotoie le vraiment nul.
RépondreSupprimerMais des titres comme Civil War, Estranged, November Rain, Right next door to hell restent de qualité, ce qui cache un peu les verrues d'à coté.