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16 mai 2010

Artefact, Ruins, 2007

Je ne me l'explique toujours pas, alors je vous l'expose en les termes que voici : Je n'aime pas le black metal habituellement, et lorsque j'éprouve de la sympathie pour un album, c'est toujours en faisant un gros effort pour ne pas gerber devant le style de vocalises pratiquées. Les growls, ces hurlements de truie m'insupportant souvent et m'empêchant de vouer toute la dévotion dont mon petit cœur est capable au genre ici mentionné. Hormis le chant, les excès de violence me fatiguent vite, m'ennuient. J'apprécie un peu d'air entre deux pelletées de tourbe sur le cercueil et lorsque cela manque, j'étouffe.

Il est alors difficilement explicable que la musique qui me file le plus de sensations actuellement soit justement ce black metal que je décriais à propos de Pestilence (voir ici) ou des essais régressifs de Samael (rigolez ).
Depuis, il se trouve que j'ai fait face à d'autres éléments bien plus convaincants que ces tristes sires. Qui plus est, il ne s'agissait pas de gras Norvégiens à la doudoune en peau de catholique, mais bel et bien de nobles Gaulois. Le critère géographique n'a d'autre intérêt qu'informatif, il n'est pas question d'en établir un avantage ou non sur le reste du monde, c'est une chose dont le primate se fout éperdument.
Non, mais la coïncidence est troublante, car voyez que Hacride, Trepalium, Gojira, Kalisia et d'autres, m'ont tous fait apprécier chacun à leur manière une musique extrême que je fuyais il y a encore quelques années.

Pourtant le chant n'aide pas à s'en faire des potes du lecteur CD effectivement, la sauvagerie est bel et bien présente et parfois servie à grosses louches. Alors ?
Alors il y eut cette patiente analyse, ces heures d'écoute pour chercher au-delà, et rencontrer la réelle essence de cette musique.
Hacride fut probablement celui qui me fit le plus d'effet avec Lazarus, prodigieusement varié et évocateur, un tourbillon qui emporte vos doutes et enflamme votre palpitant. Un choc aussi brutal que délicieux.

Cet album me fit judicieusement revenir sur cette scène black française que je désertais avec prudence jusque là. Revinrent en état de grâce quelques guerriers, et parmi eux Belenos et surtout Artefact.
Ruins illustre à merveille ma pénible étude introductive, dépassant d'une large gueule de goule tout ce que je pus entendre dans ce genre.
Il y a cette mélancolie latente, ces arrangements fins et précis, cette majesté dans la composition.
Il y a cet incroyable Their Cave qui d'entrée vous emporte. Non par sa violence, point de frappes automatiques sur des peaux, encore moins des chœurs de gros porcins en avant, rien de tout cela.
Simplement le plus bel instrumental qu'il m'ait été donné d'entendre depuis moult années, celui qui vous plonge dans l'univers d'Artefact et de son œuvre cette fois-ci consacrée aux ruines et aux mystères qu'elles renferment. Vaste sujet, tout autant que la musique baladeuse que le groupe nous offre.

Il faut ici parler de subtilité, mot semblant hors de propos lors d'une critique de black metal, mais il est ici plus que justifié.
Gargoyles Unleashing qui suit revient d'ailleurs à plus de rapidité, à la grosse voix de rigueur. Pourtant, le travail de nuances, les mélodies fourmillent d'idées, ce black-là ne se limite jamais réellement à son monde de noirceur, évolue et se fait insaisissable.
A tel point que l'on croit écouter deux ou trois morceaux se suivant parfaitement alors que la pièce est bel et bien entière.

Les arpèges espagnols qui ouvrent Medieval Ancestry, mêlant électricité et acoustique dans un ballet enflammé sont tout aussi étonnants, virant ensuite dans des teintes plus médiévales sans jamais manquer de cohérence et de finesse.
Certes, le chant de Runenlyd est conforme aux canons du style, mais il faut apprendre à détacher chaque élément, ou mieux à en accepter l'alliance. Sa voix se fait tolérable, intégrant sans vagues les mélodies, leur donnant ce supplément de crudité et de force.
Le final tout en douceur avec cette guitare unique qui se veut prophète et survole une ultime joute de baguettes est mémorable, concluant le morceau comme il a débuté.

Les chœurs grégoriens qui nous emmènent dans les ruines cathares de Peyrpertuse et Queyribus sur le bien nommé Catharian Ruins précèdent un massacre comme seul Simon de Monfort eut été capable d'en commettre en son temps sur Reverence. Je retrouvais une certaine atmosphère de ces châteaux perdus dans les roches, imprenables et terribles, envahis par la brume qui donnaient aux lieux des énergies mystérieuses. Sans aligner une rapidité d'exécution stupéfiante, Artefact joue principalement sur les breaks et sur l'ambiance pour capter l'auditeur.
Le groupe varie les notes, évoque avec brio la tragédie cathare au travers de la musique et des textes (livret nécessaire, diction complexe oblige...).

Il faudrait aussi évoquer Fountain of Enchantress et sa ligne de guitare, les refrains aux voix claires qui quittent la lourdeur du black pour lorgner vers le gothique. Fatalement, cette respiration surprend et plaît plus aisément. Il faut ici trouver la beauté moins dans le chant que dans la mélodie, élément maladivement peaufiné par Artefact, encore une fois.
Lorsqu'il s'agit de bastonner comme un sourd, chose que le groupe sait parfaitement faire lorsque cela est nécessaire, il y reste toujours un aspect si travaillé que l'art se fait plus délicat que brutal. My Inner Sanctum est de ce bois, magnifié par le piano.

Il ne s'agit pas d'intégrer Ruins d'un premier jet, ce serait une tache plus qu'ardue.
Au fil des écoutes seulement se révèle toute la diversité de cet artefact semblant hors des époques, hors des siècles. Sans artifices aucuns, avec une simple oreille et quelques muscles bien placés. Et ce n'est pas Stellar Winds qui me contredirait...

Il faudrait aussi louer la prestation du claviériste Sephirot qui à l'instar de son collègue d'Adagio se fend d'une petite prouesse. Reprenant les prémices de l'album uniquement armé de son piano, allant jusqu'à en reprendre les breaks et changements de rythme, il donne une surprenante mais courageuse conclusion au monument qu'est Ruins.

Et de deux donc, si Lazarus m'avait ouvert une porte sur un monde que je voulais fuir, Ruins m'y a enfermé quelques heures de plus, afin de savourer une autre facette du black metal, une facette qui s'intéresse plus à la beauté qu'au grand guignol morbide.
Un infra-monde qui dégoûte et attire, et dont il faut entrouvrir la porte pour y découvrir quelques merveilles dans l'obscurité.

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