Appetite of destruction est à la fois la bénédiction et le pire cauchemar que les Guns aient pu sortir de leurs cervelles. Lorsque vous alignez une telle batterie de tubes à en faire frémir tout bon Billboard qui se respecte, il faut ensuite tenir le rythme. Si les Guns avaient été aussi limités qu’ils le paraissaient, ils auraient facilement sorti une version II nulle mais dans le même esprit. On aurait crié à l’essoufflement prématuré et à la fausse gloire, et puis on les aurait oubliés. Mais Use Your Illusion n’est déjà plus un album de Guns N’ Roses, ou plus tout à fait. Alors forcément on est moins déçu que surpris…Appetite of Destruction était une fulgurance, un coup de poing dans le bide spontané et bienheureux. Et des comme ça, vous n’en décrochez pas quatre dans la foulée, le premier était suffisamment percutant.
Que dire de plus après, où aller après avoir condensé en un seul disque la subtantifique moelle d'un discours aussi couillon qu'essentiel ? Rien ou si peu, changer de discours, répéter ?
Méthode proposée puis dûment validée, il faut manier l'art du passe-passe, l'art de l'illusion, occulter et dévoiler peu à peu la (possible) supercherie, rendre plus gros le truc au risque d'écoeurer le spectateur. Usez de l'illusion, et vous verrez toujours Guns N' Roses en 1991, ou presque.
Car Use Your Illusion I fait bien illusion le temps de quelques morceaux, conservant cette rage irraisonnée, cette folie communicative qui donnait tout son sel au « vieux » Guns N’ Roses. Souvenez-vous, émus visiteurs, du clip de Sweet child O'Mine, avec nos compères jeunots mais aux looks très affirmés, la mine pas forcément joyeuse, le touché de guitare de Slash qui offrait le superbe solo que l'on sait, les déhanchements de Rose, les prestations plus en retenue des bretteurs Duff et Stradlin. Cette prestance était à mille lieues du ridicule d'un, au hasard, Poison.
Au contraire des capilleux minables qu'étaient la bande à Bret Michaels, Les Guns avaient la classe, une présence et bien que parfois à la masse en concert, ils incarnaient par leur musique et par leurs accoutrements une certaine idée du rock, généreuse, le temps d'un album et quelques.
Toute la complexité était alors de condenser cet esprit encore un poil vivace et la mégalomanie galopante du nain en short.
Axl Rose est déjà le maitre du rafiot et souhaite le manier à sa guise. Rose n’est pas un grand fan de rock finalement, il préfère le larmoyant et les touches de piano qui font mouche, il adule Queen et ses jolies mélodies et feint d’oublier que le groupe de Mercury a débuté lui aussi dans un registre plus brut.
Sur Appetite..., le but n’était pas de virer chochotte, il fallait frapper dans les gencives et ne pas laisser respirer. Mais ce temps est révolu, et les Guns font passer désormais la rose avant le flingue. Pas question cependant d’amorcer le virage trop brusquement, l’on conserve pour les amateurs un lot de petites salopes bien remuantes. Right next door to hell, Perfect crime, Back off bitch, Double talkin jive, Don’t damn me sentent encore la poudre fraichement brûlée et font remuer des miches sans pourtant jamais faire oublier un Rocket Queen ou un Welcome to the Jungle.
C’est douloureux, je le sais, mais mettez-vous ça dans le crane, Guns N’ Roses peut faire du sous-Appetite..., mais jamais le surpasser.
D’ailleurs, il faut retenir du premier Use Your Illusion trois choses, November Rain, Coma, les claviers de Dizzy Reed, et pas grand-chose de plus.
November Rain est symptomatique de ce virement de bord, les Guns qui se font célébrer pour une power ballade qui bazarde du piano sur presque toute la longueur, c’est un phénomène qui demeure inexplicable. Assez basique de fait, il faut lui reconnaitre sa prestance et son infernale conclusion. Les jours de pluie, on peut aussi la trouver bien chiante mais bref.
Coma a cela d’intéressant qu’il propulse le groupe dans une catégorie progressive qu’on ne les voyait jamais toucher. Cette pièce qui ne lasse de surprendre est laissée aux bons soins de Rose qui en fait son étendard, loin du "simplisme" de ses collègues, le petit Axl aspire à autre chose et le fait savoir. Coma est ici judicieusement placé en dernière position, comme un avertissement, une façon d'enterrer ce qui reste de nerveux chez les flingues, baignant le tout de roses rouges et mélancoliques.
Si ce changement de cap du groupe est acceptable, c’est par ce surplus de couilles grasses que Use Your Illusion I ne convainc vraiment pas. Passons sur Live and let die, la reprise des Wings qui se justifiera en concert, mais des titres aussi mous que You Ain’t the first, maladroitement collé au beau milieu, Garden of Eden et son refrain foutrement mauvais, le funkisant Bad Apples ou le médiocre Dead Horses auraient dû rester dans le moule-bites d'Axl et ne jamais en sortir.
Il faudrait dégraisser la chose de 30% pour en sauver un album de bonne facture mais qui jamais ne peut se défaire de l’ombre de son ainé. Les Use Your Illusion et surtout ce premier volet se doivent de porter sur le calvaire de la renommée la lourde croix de 1987, qui pèse et jamais ne se fait oublier.
Si Appetite of Destruction n’avait pas existé, et en imaginant que les Guns N’ Roses aient débuté leur carrière en 1991 (ouais, imaginez quoi...), on aurait probablement vite oublié ce groupe de clochards dans les poubelles du Hall of Fame. Use Your Illusion I est souvent considéré comme le moins bon des deux, je le crois volontiers, tant il voltige trop en médiocre et bon. Et ce ne sont pas une power ballade à succès et un final progressivement gouleyant qui vont sauver la mise.
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