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19 mai 2010

Pensées Nocturnes, Grotesque, 2010

Il faudrait parfois louer ces voix qui vous chuchotent un nom, à peine audible, mais suffisamment incongru pour s'immiscer dans l'esprit, vous tourmenter jour et nuit, éveiller enfin la curiosité à la simple prononciation de "Pensées Nocturnes". Si le sens critique a tôt fait de remplacer pensée par pollution et derechef d'éditer une pénible boutade, les critères communs se voient ici remisés au placard. Devant le grotesque, ce n'est plus la raison qui se manifeste, mais bien la folie pure.

Grotesque est le mot et le saltimbanque Vaerohn n'aurait pu mieux baptiser cette seconde entité. Il faudrait passer par de larges explications maladroites pour tenter la définition en ligne droite de cette grandiloquente et ridicule tournée des foires à laquelle nous invite le sieur.
Pensées Nocturnes s'est ouvert un curieux chemin où se côtoient le black dépressif et un néoclassique d'opérette de prime abord formidablement... grotesque.

Manipulant avec la même aisance clavecin, cloche tubulaire, cor, célesta, trompette, accordéon, violon, violoncelle et bien d'autres, le clown vagabonde au gré de ses trouvailles, offrant un curieux voyage à qui sera capable de le suivre. L'éclectisme des instruments, tous accordés à des fins curieuses prête à sourire au premier mouvement, rebute, étouffe par tant de bizarreries mêlées.
Lorsque notre hexagonal chef de troupe se prête à l'exercice du chant, c'est pour combiner une improbable tessiture de ténor taché de growlements hideux et sourds. Inutile de vous obliger à aimer vu que même votre primate n'y a toujours pas adhéré dans son entier.

L'intérêt de Grotesque provient de sa folie, de cette folie qui éclate et fait jaillir autour de soi autant de détails que seuls les bouffons notent et exploitent.
Car Vaerohn est bien un bouffon moderne, ingurgitant à la table des Rois tant le baroque que l'intime, le ridicule que le grandiloquent. Ce bouffon qui en exprime une essence aussi forte que déroutante, qui la fait fermenter dans un bain aux eaux sales.
Il n'y a rien de plus dramatique et visuel que cette musique, cette fanfare du "mort-bide", cette caravane qui glane sur la terre des chemins autant de moments stupéfiants et prenants finalement. Le public alentour se gausse, rit, parfois gêné, parfois si aviné qu'il en oublie la nature terrible du vocaliste.

Les sons se voient, et ce voyage dans un pays qui n'existe que dans des cauchemars d'enfant vire à la pellicule d'horreur. De ces soubresauts inconscients que provoquent le suspense, dans ces films où l'on n'attend plus d'être surpris, effrayé à la moindre ombre qui effleure l'objectif.
Vaerohn crée la peur mais lui inocule un ridicule dans sa définition la plus classique. Cet univers aussi vaste rend familier le cirque des horreurs des compatriotes de Trepalium ou bien encore les sombres mélopées d'Artefact, qui s'en trouvent, par la magie des comparaisons hâtives, soudainement plus abordables.
Vaerohn plaisait déjà sans séduire lorsque parut Vacuum, car sonnant trop rudimentaire. Son Grotesque bénéficie d'un autre rang, supérieur bien qu'inégal, mais certainement plus attractif, telles ces vieilles banderoles qui claquent aux flancs des carrioles des forains.

Il serait bien dangereux de juger Grotesque avec les outils rudimentaires du texte et de la syntaxe. Dangereux car ce serait risquer d'avouer sa totale impuissance, ou son parfait manque de déraison. A œuvre incohérente, compréhension imparfaite alors j'en resterai à ces quelques impressions bien peu évidentes à traduire.
Si le résultat déroute par son baroque de bazar et sa propension à la folie, il n'en reste pas moins étrangement attractif.









1 contributions bénévoles:

  1. Belle chro. L'album peut être écouté sur le site du groupe : http://pnrecords.free.fr/

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