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13 juin 2010

Iron Maiden, El Dorado, 2010

Je ne fous jamais de fric dans des singles, à quoi bon ? Si tu veux un petit apercu d'un album, Internet est bien assez équipé pour te faire apprécier la dernière nouveauté sans dépenser un kopeck. On reste dans le virtuel, l'impalpable jusqu'au moment où l'oreille suffisamment aguichée commande aux guibolles de courir acheter l'album quelques semaines plus tard.
Le problème est bien notre capacité à patienter pour l'écoute intégrale ou de se laisser aller à chasser les plus petites bribes des semaines auparavavant, histoire de se rassurer, ou non.
Il m'était pour le coup difficile de ne point jeter une portugaise distraite au nouveau Iron Maiden, parce que groupe pionnier dans ma découverte de la musique, parce que parfois ringard mais souvent bon. L'Eldorado n'est plus à trouver et fait espérer d'incroyables cités d'or au bord de la frontière, alors rêves fous, ou déçus ?

Parlons tout d'abord de cette jaquette, élément essentiel d'unne bonne cuvée maidenienne. Triste à constater, ce n'est (malheureusement) pas Derek Riggs qui en est l'auteur mais un sympathique inconnu dénommé Anthony Dry.
La cover de l'album étant elle réservée à Melvyn Grant, responsable des pochettes de Fear of the Dark (superbe), Virtual XI (affreuse), du live Death on the Road (re-superbe, encore mieux en format vynil), ainsi que du single The Reincarnation Of Benjamin Breegs (pas mal non plus).

Et si l'on pourra faire la moue devant la pochette typée "Mars Attack" de The Final Frontier, 15ème opus du groupe prochainement disponible, il n'en est pas de même pour le single. Mêlant les premiers artworks de la Vierge de Fer avec une inspiration comics déjantée, Dry offre une image proprement géniale, vernissant Iron Maiden d'une belle patine, n'occultant pas l'aspect suranné du groupe et sa capacité à accepter son âge.
C'est ce qui se dégage du visuel, un groupe aujourd'hui proche de la fin qui en est conscient et qui en joue avec humour.

Et la musique s'en ressent, plongée totale dans un gouffre de 30 ans de profondeur avec la production qui sied à notre époque, sans jamais cependant vouloir sonner d'jeuns, Iron Maiden ne cache pas les rides, et préfère les exhiber comme autant de blessures de guerres, comme autant de médailles.
A l'instar d'un In Rock, El Dorado prend naissance dans un tourbillon de guitares et de tambours. Et le riff qui suit cette puissante entrée en matière, parsemée de frappes sur les cymbales peut sans peine se faire passer pour plus antique qu'il ne l'est.

Il est net que Maiden perd ici toute la complexité du précédent A Matter of Life and Death, préférant revenir au son plus rock et brut des premières années.
En un peu moins de sept minutes, les Anglais parviennent à conserver une ligne directrice relativement classique et mélodique tout en surajoutant des quantités de riffs et de détails, donnant à El Dorado une parfaite synthèse de ce dont ils sont capables.
La série de soli en plein milieu émerveille, et Mc Brain ne doute pas, il cogne, martyrisant ses cymbales qui se sont rarement fait autant entendre.
Enorme différence, la longueur qui sur A.M.O.L.A.D. finissait par lasser est ici invisible. C'est probablement la meilleure leçon qu'ait tiré Harris du précédent album. Jouer des morceaux de sept minutes n'est pas une tare mais encore faut-il faire en sorte qu'ils ne soient pas chiants. Et il est peu de dire que ce single est tout sauf gavant, on ne voit pas les minutes passer, ça rentre par une oreille et reste longtemps en tête, pour finalement en sortir et relancer l'écoute.

Et Dickinson donc... Sans rien perdre de son style parfois trop tata, le bonhomme semble ici plus sobre que d'ordinaire, les quelques frayeurs lorsqu'il entame le chant s'évanouissent quelques secondes plus tard. Même son petit rire diabolique aux abords des deux minutes fait plaisir, tel un clin d'oeil aux connaisseurs et aux fans, Maiden sait comment aguicher le client, l'expérience est un don, un pouvoir.
N'allons pas blablater plus avant, il y aura l'album intégral pour cela, et annonçons sans crainte qu'El Dorado est l'un des titres de Maiden parmi les plus catchys et convaincants depuis bien longtemps. Reprenant à la lettre les bases de leur univers, mettant en valeur leurs fondamentaux et ne se perdant pas trop dans des complexifications stériles, El Dorado fait envie d'un album dans cet esprit, plus incisif, plus franc du collier, plus attaché à la meilleure époque de ce groupe.

On sait bien que tel un Scorpions proche de la retraite, The Final Frontier sera le dernier ou peu s'en faut de Maiden. L'on peut juste espérer un final tout en majesté afin de clôre le chapitre de la plus élégante des manières, les bougres en sont capables, verdict en août 2010.

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