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13 août 2010

Deep Purple, Come Taste The Band, 1975


On ne reprendra pas Blackmore à faire de mauvaises campagnes de recrutement. Se sentant poignardé dans le dos par la paire Hugues/Coverdale, qui amena le son de Deep Purple à évoluer dans une veine de plus en plus blues et funky, l’irascible bonhomme décide de s’en aller, laissant le groupe à ses lubies noires. Ritchie fonde rapidement Rainbow, formé des musiciens d’Elf et de son chanteur, un certain Ronnie James Dio. Et pendant ce temps-là, chez Deep Purple...


Chez Deep Purple, on cherche quoi foutre. Laissant Glenn Hugues à ses dépressions post-beuveries, David Coverdale s’appuie sur Jon Lord pour maintenir la barque à flots. Il se met en quête d’un nouveau guitariste et se décide pour un jeune américain de 24 ans, Tommy Bolin. Un mec aux antipodes d’un Blackmore dans son jeu, et qui convient de fait parfaitement à Coverdale, tout heureux de pouvoir jouer au recruteur.
Le départ de Blackmore incite peu à peu les autres membres à se serrer les coudes, et Martin Birch demande le soutien de Paice pour l’aider à la production, une tâche auparavant largement vampirisée par Blackmore.

En Juillet 1975, le groupe part pour le Musicland Studio de Munich et parvient en deux petits mois à accoucher d’un nouvel album, sorte d’appel teinté d’humour aux septiques et aux fans du combo,Come taste the band. Ceux qui connaissaient Burn et surtout Stormbringer n’ont pas dû être choqués outre mesure par cette approche encore plus funky, où la basse ronronne comme un gros matou, où les claviers dansent une gigue folle avec comme maître de cérémonie un petit gars défoncé et sa guitare.

Pourtant, Deep Purple ne rase pas totalement son passé ou du moins lui rend un clin d’œil avec Comin’ home, clairement hard-rock et bruyante. Coverdale chante à s’en extraire un poumon, le groupe achève les survivants juste derrière, on imagine un retour au hard alors qu’il n’en est rien, l’art purplelien du trompe-l’œil est toujours vivace. 

Car ce qui suit est un festival tout sauf rockisant. Coverdale et Hugues se partagent plus ou moins équitablement le chant (Lady Luck pour David, Gettin tighter pour Glenn) se basant sur une rythmique plus groovy que jamais.
Deep Purple semble toujours avoir sonné ainsi, bien aidé par Bolin parfaitement à l’aise dans ce nouveau rôle. Bazardant ses soli avec une générosité contagieuse (celui de Gettin tighter est fabuleux), il porte plus qu’il n’accompagne le groupe.

Il est bien entendu que Coverdale ne peut s’empêcher de faire chauffer les culottes de ses dames lorsque l’occasion lui en est donnée. Il fait tout de même ici très fort avec son pornographique Love child, coverdalien jusque dans les gouttes de sueur sur les seins des jeunettes en backstage. Car on ne perd rien de cette sensualité énorme que Deep Purple a injecté dans ses œuvres depuis Burn. A chaque disque, cette chaleur ne les quitte plus, rendant nombre de plages intolérablement excitantes.
Coverdale et Hughes réussissent encore cet artifice de leurs deux voix conjuguées sur le monument You keep on moving, cinq minutes d’un bonheur intense, entre de lents préliminaires et l’effusion finale. Evidemment que le public de l’époque ne comprendra rien à cette chute funky alors qu’ils attendaient du Highway star et du Speed king.

Le groupe, monté de bric et de broc, finit par exploser. David Coverdale, lassé de jouer à qui a le plus gros timbre avec Hugues pense déjà à fonder Whitesnake, Lord et Paice commencent, eux aussi, à avoir des envies d’ailleurs.

Quant à Tommy Bolin...
Cocaïnomane excessif, le guitariste souffre durant la tournée qui suit la sortie du disque. Parfois incapable de bouger un bras tétanisé par des surdoses de drogues, Bolin ne pourra pas toujours nous faire profiter de ses improvisations entre blues et funk. Le reste du groupe, en meilleur état mais pas toujours forcément content d’être là, ne cherche plus qu’à sauver les meubles avant la fermeture officielle de la boutique. Ce sera chose faite en mars 1976, neuf mois avant le décès de Tommy Bolin à l’âge de 25 ans, d’une évidente overdose.


Deep Purple disparait alors, délaissé par des fondateurs qui ne se comprennent plus. Il faudra attendre une entente cordiale de ces parfaits étrangers pour ressentir nouvellement quelques frissons dans l’échine, ce sera en 1984, une éternité. 
En attendant, Come taste the band a des arguments a faire valoir, car bien qu’il pique moins les papilles que ses prédécesseurs, il a pour lui une saveur plus douce en bouche, plus charnelle, qui séduit encore aujourd’hui.

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