Les germes du Hard Rock sont devenues en moins de cinq ans de belles plantes sauvages, carnivores, envahissant les jardins et réduisant à néant les quelques nains alentours. Cinq ans et déjà fatigués, les vétérans du rock dur laissent peu à peu la place à une nouvelle génération affublée de sobriquets aussi divers que Queen, Thin Lizzy, UFO, Aerosmith et autres Blue Öyster Cult. On pourrait aussi y mettre Judas Priest tiens, qui (très) tranquillement amorcera le passage de gentil groupe de rock à icône du Heavy Metal. Marrant que nombre de villes pourries furent un jour un terreau fertile à l'éclosion de groupes célébrissimes. Du genre de Seattle, ou de Melun...
Ou de Birmingham tiens. La moche, la noire, la boueuse l'hiver et humide l'été, qui sent derrière les pubs de son centre-ville une forte odeur de pisse alcoolisée. Pas joyeuse en fait, besogneuse la semaine et mère de famille nombreuse le week-end. Rien qui fasse rêver dans les perspectives d'emplois, une ville où il faut soit taffer comme un esclave et mourir à 40 ans ou se flinguer à 50 avec les dettes enfoncées dans la bouche. La troisième option étant de faire de la musique, entre les parents abrutis d'incompréhension au retour des forges et les potes alcoolos à ramasser dans le caniveau chaque vendredi.
En 1970, le bassiste Ian Hill et le guitariste K.K. Downing ont heureusement choisi la troisième voie (les feignasses) et rament pour monter un groupe de rock, tentant diverses combinaisons tout en écumant les petites salles des environs de Birmingham. Un soupçon de succès finissant par poindre, la paire vire son chanteur Al Atkins et fout dans la même valise le batteur Chris Campbell. Il fallait faire place nette pour un certain Rob Halford, le batteur John Hintch (dont on se fout pas mal vu la consommation massive de cogneur de fûts chez Judas Priest...) et Glenn Tipton en second gratteux. Vous l'avez votre combinaison miracle...
Ou de Birmingham tiens. La moche, la noire, la boueuse l'hiver et humide l'été, qui sent derrière les pubs de son centre-ville une forte odeur de pisse alcoolisée. Pas joyeuse en fait, besogneuse la semaine et mère de famille nombreuse le week-end. Rien qui fasse rêver dans les perspectives d'emplois, une ville où il faut soit taffer comme un esclave et mourir à 40 ans ou se flinguer à 50 avec les dettes enfoncées dans la bouche. La troisième option étant de faire de la musique, entre les parents abrutis d'incompréhension au retour des forges et les potes alcoolos à ramasser dans le caniveau chaque vendredi.
En 1970, le bassiste Ian Hill et le guitariste K.K. Downing ont heureusement choisi la troisième voie (les feignasses) et rament pour monter un groupe de rock, tentant diverses combinaisons tout en écumant les petites salles des environs de Birmingham. Un soupçon de succès finissant par poindre, la paire vire son chanteur Al Atkins et fout dans la même valise le batteur Chris Campbell. Il fallait faire place nette pour un certain Rob Halford, le batteur John Hintch (dont on se fout pas mal vu la consommation massive de cogneur de fûts chez Judas Priest...) et Glenn Tipton en second gratteux. Vous l'avez votre combinaison miracle...
...Mais qui tarde à s'imposer vraiment, la bande se sentant proche des songwriters du moment, Joan Baez, Bob Dylan (le nom de "Judas Priest" est extrait de la chanson The ballad of Frankie Lee and Judas Priest de ce même Dylan), et reste encore bien timide sur le plan musical.
Les débuts de Judas Priest sont donc un mélange un poil pataud de groove, de hard naissant et de restes de psychédélisme, loin d'eux la volonté d'aller fracasser le mur du son, on commence pépère.
Tout doux, mais foncièrement funk. A tel point que Deep Purple période Coverdale/Hugues n'est jamais bien loin, voire très présent.
Niveau influences, Judas Priest n'a de toute manière pas encore défini un style propre alors on se retrouve avec les morceaux typés Black Sabbath (Deep Freeze, Caviar and Meths), les bouzins à la Deep Purple (One for the Road, Rocka Rolla), le portnawak de gratteux dans le style Led Zeppelin en pleine montée de coke (Winter Retreat) ou encore de la jolie ballade cru Uriah Heep 1970 (ou Scorpions ère Uli Jon Roth).
C'est pas mauvais d'ailleurs, mais c'est si clairement référencé que l'intérêt s'en voit restreint. Rocka Rolla serait entièrement de cette trempe, il serait bon de l'oublier complètement. Ce qui le sauve hormis son caractère historique, ce sont ces chansons-prémices, ces indicateurs d'un glorieux parcours futur.
Il faut attendre Cheater pour entendre "vraiment" Judas Priest, les duels de guitares, les refrains venimeux, oubliez les quelques touches d'harmonica et il est évident que vous écoutez le créateur du heavy metal dans ses oeuvres seventies. Cheater ouvre un nouvel album dans l'album.
La disposition des chansons est d'ailleurs assez évocatrice de la jeunesse du combo, les pâles copies sont plantées en entrée pour rassurer et se rassurer. Avec du boudin pompé sur les anciens, on rameutera toujours les moins obtus et dans le cas où ils aillent plus loin que la cinquième plage, ils peuvent tenter un son quelque peu différent, celui qui fera de Judas Priest l'icone absolue du heavy Metal, tant musicalement que visuellement (les ceintures cloutées, le cuir repiqué à Elvis, les grosses bécanes, le folklore métallique en somme).
Dans cette seconde partie de l'album se fait donc jour la réelle essence du Priest, maniant mélodies et courtes furies, n'hésitant pas à ralentir le ton pour offrir des titres tels que Run of The Mill. On est d'accord que comparé à au hasard Victim of Changes ou Beyond The Realms of death, ça vole pas haut, mais oubliez un temps le proche futur du groupe car pris à part, c'est plutôt pas mal. Quelques touches floydiennes accolées à de maladroites parties de guitares sur un fond jazzy vieillot, et Halford qui s'emporte sur le final en donnant une belle idée de ce dont il sera capable par la suite.
Si il ne fallait en garder qu'un (facile, ce serait Cheater, ah merde), bon gardons-en deux alors car Dying to meet you est également recommandable. Rythmique lente et guitares à peine présentes, sauf pour ce merveilleux riff de western qui revient lancinant. Il y a quelque chose d'attirant derrière cette musique, une tentation sourde évoquée par les vocaux de crooner d'Halford, quelque chose que l'on ne tâte qu'avec un respect jamais forcé.
Vous survivrez sans Rocka Rolla, c'est un de ces albums de débutants dispensables sans être nuls, dont on se défait aisément le jour du vide grenier dominical. Mais on parle de Judas Priest là, pas de n'importe quel groupe de beaufs.
Sans excuser les maladresses et les errements inhérents à une première oeuvre (dont le titre et la jaquette...), on peut passer un bon moment en compagnie de cette archive, en prenant soin d'oublier un moment que Judas Priest eut un incroyable avenir et (encore...) un présent à des années-lumières de ces agréables balbutiements.
Les débuts de Judas Priest sont donc un mélange un poil pataud de groove, de hard naissant et de restes de psychédélisme, loin d'eux la volonté d'aller fracasser le mur du son, on commence pépère.
Tout doux, mais foncièrement funk. A tel point que Deep Purple période Coverdale/Hugues n'est jamais bien loin, voire très présent.
Niveau influences, Judas Priest n'a de toute manière pas encore défini un style propre alors on se retrouve avec les morceaux typés Black Sabbath (Deep Freeze, Caviar and Meths), les bouzins à la Deep Purple (One for the Road, Rocka Rolla), le portnawak de gratteux dans le style Led Zeppelin en pleine montée de coke (Winter Retreat) ou encore de la jolie ballade cru Uriah Heep 1970 (ou Scorpions ère Uli Jon Roth).
C'est pas mauvais d'ailleurs, mais c'est si clairement référencé que l'intérêt s'en voit restreint. Rocka Rolla serait entièrement de cette trempe, il serait bon de l'oublier complètement. Ce qui le sauve hormis son caractère historique, ce sont ces chansons-prémices, ces indicateurs d'un glorieux parcours futur.
Il faut attendre Cheater pour entendre "vraiment" Judas Priest, les duels de guitares, les refrains venimeux, oubliez les quelques touches d'harmonica et il est évident que vous écoutez le créateur du heavy metal dans ses oeuvres seventies. Cheater ouvre un nouvel album dans l'album.
La disposition des chansons est d'ailleurs assez évocatrice de la jeunesse du combo, les pâles copies sont plantées en entrée pour rassurer et se rassurer. Avec du boudin pompé sur les anciens, on rameutera toujours les moins obtus et dans le cas où ils aillent plus loin que la cinquième plage, ils peuvent tenter un son quelque peu différent, celui qui fera de Judas Priest l'icone absolue du heavy Metal, tant musicalement que visuellement (les ceintures cloutées, le cuir repiqué à Elvis, les grosses bécanes, le folklore métallique en somme).
Dans cette seconde partie de l'album se fait donc jour la réelle essence du Priest, maniant mélodies et courtes furies, n'hésitant pas à ralentir le ton pour offrir des titres tels que Run of The Mill. On est d'accord que comparé à au hasard Victim of Changes ou Beyond The Realms of death, ça vole pas haut, mais oubliez un temps le proche futur du groupe car pris à part, c'est plutôt pas mal. Quelques touches floydiennes accolées à de maladroites parties de guitares sur un fond jazzy vieillot, et Halford qui s'emporte sur le final en donnant une belle idée de ce dont il sera capable par la suite.
Si il ne fallait en garder qu'un (facile, ce serait Cheater, ah merde), bon gardons-en deux alors car Dying to meet you est également recommandable. Rythmique lente et guitares à peine présentes, sauf pour ce merveilleux riff de western qui revient lancinant. Il y a quelque chose d'attirant derrière cette musique, une tentation sourde évoquée par les vocaux de crooner d'Halford, quelque chose que l'on ne tâte qu'avec un respect jamais forcé.
Vous survivrez sans Rocka Rolla, c'est un de ces albums de débutants dispensables sans être nuls, dont on se défait aisément le jour du vide grenier dominical. Mais on parle de Judas Priest là, pas de n'importe quel groupe de beaufs.
Sans excuser les maladresses et les errements inhérents à une première oeuvre (dont le titre et la jaquette...), on peut passer un bon moment en compagnie de cette archive, en prenant soin d'oublier un moment que Judas Priest eut un incroyable avenir et (encore...) un présent à des années-lumières de ces agréables balbutiements.
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