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24 août 2010

Led Zeppelin, Presence, 1976


"J’allais un peu partout en boîtillant au milieu de ce super morceau (Achilles last stand, NDLR) lorsque subitement mon enthousiasme prit le dessus : je me suis mis à courir dans la cabine avec cette béquille orthopédique et je suis tombé, le mauvais pied en premier. Il y a eu un terrible craquement, un grand flash de lumière, et je me suis tordu de douleur."


Alors que l’année 1975 semble s’achever pour le mieux, avec un Physical Graffiti au sommet des charts et des concerts-fleuves (atteignant parfois quatre heures...) qui font s’accumuler les biftons, Robert Plant, de vacances en famille sur l’île de Rhodes souffre un grave accident de voiture.
Annulation de la nouvelle tournée mondiale, lente rééducation prévue sans garantie de pouvoir de nouveau marcher correctement et Maureen (la femme de Plant, qui conduisait la voiture) dans un sale état pour de longs mois, l’ambiance n’est pas à la fête.

Mais le business avant tout, péripéties privées que cela, on s’en fout ! Et l’on presse Led Zeppelin de remonter en selle sans attendre. Il ne faudrait pas que quelques drames mineurs aillent entacher la suprématie du groupe, pas maintenant, pas encore...

On se partage le boulot, leur gourou Peter Grant prépare un film sur le dirigeable (le mauvais The song remains the same et son pendant musical) tandis que Page et Plant partent écrire de nouveaux textes - sans envie réelle - à Malibu.

Enregistré à Munich en trois semaines, Presence porte en lui la souffrance insupportable d’un Plant incapable de tenir debout, et qui rejaillit sur l’ambiance du studio. Malgré ces conditions difficiles, Led Zeppelin accouche finalement d’un grand disque, certainement l’album le plus radical de leur carrière. 

Plus de temps en studio, c’est plus de douleur pour Robert Plant. Incapable de maitriser son émotion sur les parties de chant d’Achilles last stand, oubliant ses jambes blessées, et qui se rappellent bien vite à lui... Il doit s’arrêter, reprendre, hurle de douleur et ses camarades qui ne peuvent rien, et qui n’ont pas le coeur à poursuivre.

Presence est un disque de la dépression, du doute qui s’installe dans l’histoire de ces jeunes mecs pleins aux as et qui connaissent soudainement une faille dans leur gloire. Il y a le questionnement derrière l’arrogance, le sentiment que rien n’arrive par hasard, que cet accident, tragique, symbolise aussi quelque chose pour eux en tant que groupe.

Dans ce studio Musicland de Munich, on ne rit pas, on parle peu, on avance, simplement. Bien que le ton ne soit pas résolument plus lourd qu’auparavant, le disque s’avère plus pesant, plus métallique que jamais, avec cette cohérence qui faisait un peu défaut à ses prédécesseurs (mais leur donnait aussi plus de folie). 
Achilles last stand est le chef-d’oeuvre absolu, qui éclipse de sa grandeur tout ce qui le suit, et une grande partie de ce qui l’a précédé. Les paroles sont curieuses, plus que jamais, avec cette supposée venue d’un messie, d’Atlas, d’Albion... Mais ce qu’il faut en retenir c’est ce solo de guitare de Jimmy Page qui touche au divin. Il montrera la partition à John Paul Jones qui lui assurera de fait que jouer telle chose est impossible, Page persistera, et y parviendra.
Au-delà des prouesses techniques (le groupe est également brillant, encore une fois) Led Zeppelin prend conscience, et sur For your life tente la mise en garde :


"With the fine lines of the crystal pane through your nose,
And when they couldn’t resist you, I said, "Just go with the flow", And now your stage is empty, Pull down the curtain, baby, please, Fold up your show, Hadn’t planned to, could not stand to fry in it, I hadn’t planned it, I overran it, Fry it for your life, for your life."
En effet, la coke c’est de la merde et ça rend accroc, Page aurait mieux fait de relire ces quelques paroles avant d’aller s’en enfoncer des pelles dans les naseaux. Mais parler de manière aussi claire des dépendances, sans le glorifier aucunement, c’est un fait nouveau chez eux, comme un sursaut de conscience chez ces jeunes stars.
Tea for one aborde l’absence de l’autre, et Plant y est dramatique, aux bords des larmes, et fait sien ce conte au manque et à l’oubli. Une délivrance qui poignarde par ses trémolos dans sa voix.
Derrière les durs moments, il y a ceux qui font rire, résultats cocasses de cette vie dédiée à la cause. Comme sur Royal Orleans et les mésaventures de Jones avec un travelo qu’il croyait être une groupie à moustaches...

Il serait faux de considérer Presence comme le meilleur album de hard-rock de la part de Led Zeppelin (celui-là, ils l’ont déjà fait), il est par contre certainement leur meilleur album de blues. Un blues lourd et totalement noir, qui les voit de nouveau reprendre Blind Willie Nelson (Nobody’s fault but mine) ou remettre à l’honneur Elvis Presley (Candy store rock, bonne tentative rockabilly).

Presence qui singe par la maquette graphique de Storm Thorgerson le monolithe de 2001, L’Odyssée de l’espace (sorti en 1968) est donc un objet curieux, qui ne fascine non par sa qualité globale sinon par son ambiance dramatique, comme un crépuscule qui se coucherait trop tôt. 
De cette ultime tranche de l’histoire de Led Zeppelin, Presence est la maturité, In through the out door la déchéance et Coda un petit bouquet fané sur la tombe du grand ballon (et encore...). Une puissante baudruche en pleine descente, qui ne remontera jamais plus aussi haut.

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