De la tripotée de groupes en "The" que les médias angliches et leurs toutous d’ailleurs nous mirent sous le nez, fort peu ont vraiment duré sur ma platine. Après quelques émois bien naturels, le temps a fait son œuvre puis a fini par envoyer tout ce beau monde chez Gibert. Tous sauf un, dont chaque disque est sagement acheté, rangé, et souvent sorti du plastique. A chaque passage, à chaque écoute, les mêmes tressaillements dans les guibolles, les mêmes fourmis qui piquent la nuque. L’unique "The", je vous le dis, c’est The Music.
“The Music”... Quelle plus grande tentative markéteuse que d’affubler d’un tel nom un nouveau groupe de blancs-becs. Détection rapide de relents d’arnaque, de la nouvelle et fugace étoile téléguidée, du logique rejet au bout de douze mois, la farce ne prendra pas, ne nous prendra pas.
Il est vrai que nous, consommateurs culturels, avons parfois la main leste dans le portefeuille, que quelques simples notes matraquées à l’envi nous font dégainer les biftons sans plus de réflexion. Il est vrai qu’on se fait finalement souvent baiser, difficile de passer outre ces énormes panneaux pétant de lumière et de flash, qui attirent, ne serait-ce qu’une seconde la rétine, l’oreille.
En 2002, je me suis pris ces panneaux, comme tout le monde, et j’en ai avalé des trucs pourraves, beaucoup. Lorsque de nouveau lobotomisé, je mis dans mon cabas le premier album de The Music, avec ses stickers promo du NME et des Inrocks’, je me sentais baisé, et heureux de me sentir baisé.
Lorsque j’arrachais le plastique aussi brutalement qu’une abstinence de trois mois vous ferait dénuder une morue, j’étais encore en pleine montée hormonale, avec une insatiable soif de jouissance, une rage de choper la moindre once de plaisir, où qu’elle se trouve, même dans cette nouvelle galette pupute.
Puis la raclure douteuse se fout effectivement à poil, là devant vous, par un The dance qui passe bien au-delà de vos doutes et des regrets économiques, et bien qu’elle ne laisse échapper de ses dehors vulgaires qu’un orteil, vous le notez fin, avec l’ongle délicatement peint. Pas un poil de trop, un mouvement qui vous entraine, un son chaud qui foisonne et fait danser, et ses quelques gouttes de plaisir qui pointent sous le chapiteau.
L’effeuillage se poursuit et la température de la pièce se fait insupportable, vous prenez la longue route jusque vers ses hanches (Take the long road and walk it) et vous marchez à fond. Pas de résistance possible face à cet amas sublime de chair et de sueur, les mouvements de son bassin qui manoeuvrent les votres, ses cris rageurs qui font se décoller toutes vos inhibitions.
Nous sommes humains avant tout, et apprécions à sa juste valeur les charmes de cette nymphe qui se montrant nue dévoile toute sa superbe jeunesse, cette arrogance naive qui excite les aigris consommateurs. De Human, voici notre tension qui baisse, baignée dans les ondes de son élégance. Puis l’étreinte se fait soudainement plus dure, fi de mots, la vérité nous oblige à concéder que cette donzelle nous domine totalement. Le refrain de The truth is no words est un addictif dangereux sous ses atours de funk et de chaleur, l’amour devient un acte nouvellement bourré de sauvagerie et de surprises. Il n’y a plus rien de conscience dans les gesticulations de votre corps sur cette musique, plus rien que cette perte de controle avouée sous les variations dance de Float, toujours au son des battements énormes d’un palpitant semblant démoli par quatre paires de baguettes à la fois.
Vous finissez par éteindre la lumière (Turn out the light) comme l’on éteindrait peureusement un feu, de peur qu’il ne vous consume en son entier avant le grand final.
Sauf que The people...
Le voilà, le tube de stupre qui vous avait fait vous rapprocher de la demoiselle, le voilà ce petit truc racoleur et sexuel qui est le coupable de votre rencontre du jour. Mais il provoque la même excitation, la même perte de raison qu’au premier regard, il n’a de cesse de jouer du clin d’oeil et d’un rythme monstrueusement bandant, vous vous jetez dessus et vous suppliez que ça ne s’arrête jamais.
Sauf que The people...
Le voilà, le tube de stupre qui vous avait fait vous rapprocher de la demoiselle, le voilà ce petit truc racoleur et sexuel qui est le coupable de votre rencontre du jour. Mais il provoque la même excitation, la même perte de raison qu’au premier regard, il n’a de cesse de jouer du clin d’oeil et d’un rythme monstrueusement bandant, vous vous jetez dessus et vous suppliez que ça ne s’arrête jamais.
Si vous comptiez élaborer d’autres positions, Gateway vous en empêchera. Vous étiez en sueur sur le parquet, à manipuler l’air avec vos bras, vous poursuivrez l’effort, encore et toujours, et allez vriller sous la maitrise de son doigté avec Disco, sa technique de la tueuse à facettes qui vous plie en quatre et vous fait agiter les muscles dans des débattements inquiétants. Vous arrivez haut, très haut, Too high, et vous vous échappez de la piste dans un mouvement brusque, les joues creuses et les muqueuses sèches. The Music venait de vous réinventer le rock, dans tout ce qu’il a de plus efficace et dévastateur, dans toute la fureur de sa jeunesse. Le meilleur coup de 2002, sans efforts.

0 contributions bénévoles:
Enregistrer un commentaire