Sepultura clôt un chapitre, mais finit par en ouvrir un nouveau, amusante coïncidence que celle de ce blog aux poils longs qui dut s'interrompre avec comme ultime coup de corne la chronique des Enfers de Dante par les Brésiliens, et qui rentrouvre timidement les persiennes en causant de ces mêmes messieurs, quelques temps plus tard. Le temps passe, tant sur nos vies que sur la Toile, cet espace volatile qui fait se mouvoir nos égo et nos anonymats, le temps passe et s'impose des respirations.
Sepultura en l'an 2011 explore le temps, le sien propre, sa mémoire et son futur, revisite les années et les chansons, les épisodes minables et les glorieux lendemains, une exploration faite de souvenirs mais qui d'un vigoureux revers de la main, balaye la poussière qui s'en va couvrir d'autres fratries.
Kairos a de l'envergure, une puissance sourde, et une palanquée de maîtres en son sein. Si les dernières tentatives du groupe, A-Lex et Dante XXI en tête n'amenaient bien souvent qu'une réaction vive et un oubli latent, Kairos a cette capacité à étreindre l'oreille, donne gout à sa relecture, quotidienne et délicieuse.
Derrick Greene est Sepultura, définitivement, il incarne et insuffle, balayant l'Histoire et les scories cavalaresques. Et puis d'ailleurs, finissons-en avec les pleurnicheries des trve-cons de la première heure, votre singe n'a pas connu les belles heures de Maxounet et de son tam-tam, je n'ai comme référence de lui qu'un sentiment d'abandon devant la difficulté, un déni d'ouverture et d'audace et sa profonde chute dans le blabla grossier de Soulfly, bon débarras.
Au contraire Sepultura offre avec Kairos son plus bel album, celui que l'on osait plus demander au risque de se voir péter la tronche par le grand noir.
Ce dernier disque vous condamne à ressortir votre code de la bienséance, on oublie les insultes, les railleries passées on écoute attentif, anxieux de voir la déception poindre, et la mégère point ne vient, jamais.
Voici Spectrum, un sablier charriant du gravier, vraie belle invitation à rejoindre les rangs. Kisser qui saccade, un rythme lent et une basse qui s'invite dans la danse, le tempo est cérémonial, Greene y est prédicateur, guttural, et quelle conviction... Un essentiel sépulturien à étiqueter fissa comme tel.
Je ne vais pas trop en faire sur le génie tout en cheveux qu'est Andreas Kisser, et laissez-moi saluer Jean Dolabella qui surprend aux baguettes, parfait en concert, impeccable en studio au vu du résultat.
Je ne vais pas trop en faire sur le génie tout en cheveux qu'est Andreas Kisser, et laissez-moi saluer Jean Dolabella qui surprend aux baguettes, parfait en concert, impeccable en studio au vu du résultat.
Sepultura ne dévie en rien d'une quelconque ligne, mais le ressenti sur Kairos est spectaculaire, impossible de ne pas voir en cette avalanche de sons un album fondamental de leur carrière. Fondamental par la cohésion de ce groupe qui connut pourtant les heures de gloire et celles de l'oubli, les absences et les heureuses rencontres.
On aimait narguer Sepultura, je n'ai jamais pu m'y résoudre, âprement convaincu que même au plus bas de l'estime d'un public ingrat, ils reviendraient un jour sans tambours ni chants tribaux nous fracasser la tête, comme ça, aisément et simplement.
Autant il fallait des trésors de conviction pour défendre totalement Dante XXI, ou se shooter à la colle pour oser avancer qu' A-Lex fut une concluante expérience, autant Kairos appelle à l’adhésion immédiate.
Kisser a su revenir à plus de sobriété, évite les structures trop complexes et s'en tient à battre les cordes, à composer des pièces majestueuses et puissantes qui faisaient défaut aux vieux sépulturiens de la première heure, aujourd'hui incontinents.
On vous en met plein la tronche (merci Roy-Z aux manettes) mais l'on prend tout son temps, les tempi se révèlent au final pas supersoniques pour un real, tant mieux qu'ils me disent, mais qu'importe la rapidité si l'on a l'offrande d'un grand groupe au plus haut de son inspiration et de son art.
Mask ou No One Will Stand se chargent de passer la troisième, mais le propos n'est réellement pas de gagner la compèt' du plus gros fumeur de pédales, il faut en imposer, sur la durée, un marathonien qui explose d’expérience et de puissance contenue, savamment amenée.
Les soli voyageurs de Kisser, élégants, sont la signature définitive qui nous impose le talent du groupe. Sa prestation sur Kairos est superbe, le solo de Spectrum est à pleurer, m'incliner plus bas encore m'obligerait à me quitter deux paires de cotes.
Monumental mais point massif, les passages d'une aisance bluffante entre le heavy, le thrash, le hardcore sont ici pour entériner cette mixité du son qui est ancrée dans la peau du groupe. L'on reconnaîtrait entre mille ces signes tribaux délicatement posés, signes d'un Sepultura classique et innovant à la fois.
L’expérimentation plus poussée est à chercher sur Structure Violence (Azzes), qui bat le rassemblement du thrash et de l'indus, dans une configuration anarchique jouissive à souhait. Pour un peu, l'on se croirait chez Killing Joke et son album jaune avec clown infernal, c'est brutal, mais c'est réfléchi, et qu'est-ce que c'est bon...
L’expérimentation plus poussée est à chercher sur Structure Violence (Azzes), qui bat le rassemblement du thrash et de l'indus, dans une configuration anarchique jouissive à souhait. Pour un peu, l'on se croirait chez Killing Joke et son album jaune avec clown infernal, c'est brutal, mais c'est réfléchi, et qu'est-ce que c'est bon...
lorsqu'ils veulent réellement faire plaisir, ils sortent de la reprise, de la bien méchante et bien choisie, Just One Fix, si pas spécialement plus brutale que l'originale de Ministry, ajoute encore à cette impression d'avoir retrouvé Sepultura (si tant est qu'ils s’étaient perdus un jour, bref, fin du débat...), et difficile de ne pas se démembrer avec cet énorme bourre-pif revisité, Firestarter de Prodigy by Sepultura, quel panard monumental.
Je regarde en finissant mon texte leur prestation au Wacken Open Air 2011, Greene et sa tronche hallucinée, Dolabella excellent de technique et de feeling, et je vois un groupe qui en veut, qui se bat et qui a encore beaucoup à offrir, un groupe qui avec Kairos fait un bond dans le temps, de son beau passif à son glorieux surlendemain.
